Isabelle Scherer, La fuite des poulets roumains, Librinova, 2017
« Bon petit poulet, on va te passer au rôtisseur… ». Radu, tortionnaire sadique, ne se doute pas qu’il suggérera l’idée d’un titre de livre en donnant ce surnom à sa victime. Inspirée de faits réels, l’histoire de Nicu, jeune garçon épris de liberté, est particulièrement mouvementée, pleine de rebondissements et de suspense, semée de scènes tantôt réjouissantes, tantôt émouvantes, tantôt insoutenables.
C’est en fréquentant la bibliothèque de l’ambassade des USA à Bucarest que Nicu et son ami Mircea, lycéens des années 1980 (les pires que la Roumaine ait vécues sous la férule de Ceauşescu), prennent la décision de tout faire pour fuir leur pays (« On avait humé la liberté »). Quelques provocations (l’inscription « À bas le communisme ! » sur le mur du lycée, le refus de signer le serment d’adhésion au parti) leur valent leurs premiers ennuis. Après le bac, ils cherchent le moyen de partir par le train vers la Hongrie. C’est le début d’une série de tentatives, d’échecs, de passages à tabac, de pièges tendus, de séances de tortures, d’évasions risquées, acrobatiques, parfois presque miraculeuses… jusqu’à l’ultime départ.
Chaque personnage est vu de l’intérieur, dans une alternance de points de vue : les jeunes garçons et leurs comparses, les parents de Nicu (les plaintes de son père contre l’ambiance générale et l’esprit de contestation de son fils, l’inquiétude de sa mère), un professeur qui voit d’un bon œil la révolte de ses élèves mais déplore leur imprudence… Cette structure, renforcée par le rappel de quelques faits notoires entre les chapitres, donne au récit une vivacité particulière et une vérité humaine qu’un simple reportage ou une tonalité trop romanesque n’assureraient pas. Vérité humaine complexe, qui montre que la liberté conquise à tout prix s’accompagne de difficultés profondément ancrées dans la réalité sociale et psychologique (la méfiance, le stress, le désir de vengeance, la haine même). Mais comme le rappelle la citation de Norman Manea inaugurant le chapitre 8 : « Il vaut mieux être un homme libre, même accablé de problèmes, que le bouffon d’un Bouffon lamentable. ».
Jean-Pierre Longre
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Richard Edwards, Bucarest, 77, boulevard Dacia, photos de Tomo Minoda, dessins de Matei Branea, éditions Non Lieu, 2016
Matéi Visniec, Le Cabaret Dada, traduit du roumain par Mirella Patureau, éditions Non Lieu, 2017
Cahiers Benjamin Fondane
Jana Chisalita-Musat, La guerre des serpents, éditions Chapitre.com, 2015
Luminitza C. Tigirlas, Rilke-Poème. Élancé dans l’asphère, L’Harmattan, 2017 
Mihaela Michailov, Sales gosses, traduit du roumain par Alexandra Lazarescou, Les Solitaires Intempestifs, 2016
Mircea Cărtărescu, La Nostalgie, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, P.O.L., 2017
Nicoleta Esinencu, Fuck you, Eu.ro.Pa!, Sans sucre, A(II)Rh+, Mères sans chatte, traduits du roumain par Mirella Patureau, éditions L’espace d’un instant, 2016
La crudité du langage, l’abondance lexicale de la révolte se retrouvent dans Sans sucre, dialogue entre « Le frère » et « La sœur » qui échangent sur un rythme de plus en plus rapide, comme en une partie de ping-pong, des considérations sur la vie quotidienne et familiale, l’école, la nourriture, le rationnement (d’où le titre-leitmotiv). L’accélération du mouvement, jusqu’à la déconstruction, figure la transition vers une « liberté », une « intégration européenne » qui ne va pas sans risques ou sans hypocrisie, sans colère et sans violence : « Mettez la merde dans les sacs ! / Enfermez la merde dans les sacs ! / Ensuite jetez-les ! ».
Simona Sora, Hôtel Universal, traduit du roumain par Laure Hinckel, Belfond, 2016
Bernard Camboulives, Un automne avec Cioran ou La sagesse de l’anxiété, Éditions Nicole Vaillant, 2016
Le persil
Constantin Acosmei,
Marie-Hélène Bratianu, La mémoire des feuilles mortes