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moldavie

  • Passage en revues, novembre 2017

    Revue, francophone, Moldavie, Roumanie, L’intranquille, L’année francophone internationale, Le Haïdouc, Jean-Pierre LongreL’intranquille n° 13 (automne-hiver 2017).

    Ce numéro contient un beau dossier sur les « Poètes de Moldavie », avec des traductions de Doina Ioanid et Jan H. Mysjkin. « Pour fêter une indépendance ».

    https://atelierdelagneau.com/5-l-intranquille

     

     

     

    Revue, francophone, Moldavie, Roumanie, L’intranquille, L’année francophone internationale, Le Haïdouc, Jean-Pierre LongreL’Année Francophone Internationale n° 26 (novembre 2017).

    Au sommaire, entre autres, un Grand Angle consacré à la Moldavie :

    Eugeniu Gorean, aquarelliste sans frontières, par Arnaud Galy

    Grand Angle, par Nathalie Guillaumin-Pradignac

    La langue française en Moldavie : du siècle des Lumières à aujourd’hui, par Olga Turcan

    Identité et modernité en République de Moldavie, rétrospective des principales entreprises de construction nationale, par Maria Neagu

    La valorisation du potentiel humain et financier de la migration dans le contexte du développement de la République de Moldavie, par Dorin Toma

    La Moldavie : défis et atouts géopolitiques, entretien avec Florent Parmentier, propos recueillis par Maria Neagu

    Serge Mangole, « Dieu merci », par Arnaud Galy

    Ion Stefanita, un mur contre la corruption ambiante, par Arnaud Galy

    Alexandru Slavinschi, Médaillé d’or en récitation de poésie, par Arnaud Galy

    Petru Vutcãrãu, Un passeur de langue française, de Chisinau à Tokyo, par Arnaud Galy

    La Transnistrie, par Arnaud Galy

    Solidarité moldafricaine, par Arnaud Galy

    Éducation, emploi, migration & francophonie, par Arnaud Galy

    Ce résistant qui venait de Moldavie …, par Robin Koskas

    Ecaterina Baranov : La musique, contre vents et marées, par Arnaud Galy

     

    http://boutique.agora-francophone.org

    http://www.agora-francophone.org/afi/afi-no25-2016-2017/article/moldavie-par-maria-neagu

     

     

    Revue, francophone, Moldavie, Roumanie, L’intranquille, L’année francophone internationale, Le Haïdouc, Jean-Pierre LongreLe Haïdouc n° 12-13 (printemps-été 2017).

    Ce numéro du « Bulletin d’information et de liaison de l’Association des Amis de Panaït Istrati » est, comme les précédents, d’une grande richesse.

    Au sommaire : « Panaït Istrati de la divine lettre ornée à la gravure » (éditorial de Christian Delrue) – « La prodigieuse rencontre Vasile Pintea et Panaït Istrati » (Denis Taurel) – « Vasile Pintea. Propos recueillis par André Paléologue » - « Deux lectures des Chardons du Baragan » (Hanny Laufer et Gila Eisenberg-Beigel) – « Du côté des universités et de la recherche » : Aurora Bagiag, Lucie Guesnier, Martha Popovici – « Présence d’Istrati » (les diverses manifestations autour de l’écrivain) et les rubriques traditionnelles : « Brèves et variées », « Activités de l’association », « Regards croisés », « Notices bibliographiques », publications des collaborateurs et amis de l’association…

    http://lesamisdepanaitistrati.weebly.com

  • Moldavie-Afghanistan aller-retour

    Roman, autobiographie, francophone, Moldavie, Jana Chisalita-Musat, éditions Chapitre.com, Jean-Pierre LongreJana Chisalita-Musat, La guerre des serpents, éditions Chapitre.com, 2015

    Nous sommes dans un village de Moldavie, un village que Jana Chisalita-Musat connaît bien, puisque c’est celui où elle est née et a passé son enfance. La vie, laborieuse et rude mais semée des petites joies d’une famille unie, est celle que l’on pouvait y mener tant bien que mal dans les années 1980 sous la férule soviétique, et aussi sous celle, il faut bien le dire, de traditions qui rendaient la vie difficile aux femmes et aux jeunes filles à marier.

    Victor, le frère tant aimé, le fils chéri, est appelé à partir au service militaire en mai 1984, à l’âge de 18 ans. C’est l’occasion d’une belle « fête de départ » pour la famille, les voisins, les amis, et pour sa mère Sanda d’une « tourmente qui morcelait son âme ». Car on sait, sans que cela soit officiel, que beaucoup de jeunes hommes partent sans revenir vivants. « On disait qu’il se passait quelque chose en Union Soviétique. Qu’est-ce qu’on savait au juste ? On se disait en chuchotant que beaucoup de jeunes soldats allaient dans une région maléfique. D’où ils revenaient affectés, ou alors ils ne rentraient plus. Une mission en terre inconnue où des milliers de jeunes soviétiques accomplissaient leur “devoir international”. ». La « mission » en question, c’est la guerre que l’URSS menait en Afghanistan.

    Le livre est composé d’un va-et-vient, sous forme narrative ou épistolaire, entre la Moldavie, d’autres régions d’URSS et l’Afghanistan. D’un côté la vie rurale, les habitudes, les questions, les doutes ; de l’autre la guerre et ses cruautés, ses peurs, ses héroïsmes, ses révoltes, la camaraderie et les rivalités entre les hommes. Le récit nous mène au cœur des inquiétudes et des incertitudes, des questions sur la violence, le « patriotisme », l’amour, la liberté. Cette question, par exemple, à laquelle répond le voisin, un instituteur contestataire : 

    « - Stefan, pourquoi les gens sont-ils amenés à quitter ce pays ? Qu’est-ce qu’ils pourront bien trouver de plus en Amérique ? […]

    - La liberté ! […]

    - Quelle liberté ? Le plus important dans cette vie est d’avoir une maison, des enfants, un travail. À quoi bon la liberté ?

    - Justement, la liberté c’est d’avoir tout cela sans contraintes. Sans choix imposés. […] Elle te plaît vraiment, ta vie ? Mariée de force, méprisée par ton mari. Obligée de travailler jour et nuit, sans relâche, sans pitié. Quel a été ton plus grand plaisir dans cette vie ? Quel est ton plaisir ? »

    La plus grande joie de Sanda est son fils, mais est-elle durable ?

    La guerre des serpents est écrit par une Moldave dans un français limpide qui garde des traces du passé linguistique de l’auteure, de son aveu même : « Si certaines phrases de ce livre vous paraîtront atypiques, maladroites, c’est parce que j’ai essayé de donner à la langue française cette connotation folklorique du dialecte moldave. ». Roman, autobiographie, narration historique, familiale ? En tout cas un récit plein de l’émotion que suscitent les véritables témoignages humains.

    Jean-Pierre Longre

    www.chapitre.com

    www.facebook.com/la.guerres.des.serpents

  • Entre poésie et psychanalyse

    Essai, poésie, francophone, Moldavie, Rainer Maria Rilke, Luminitza C. Tirgilas, L’Harmattan, Jean-Pierre LongreLuminitza C. Tigirlas, Rilke-Poème. Élancé dans l’asphère, L’Harmattan, 2017

    Le titre du livre l’annonce : il y est question de Rainer Maria Rilke, de l’élan de son écriture, de sa correspondance, et surtout de sa poésie, du « Dieu inexorable de la création », de « l’implication totale par le Verbe ». L’étude est approfondie, s’appuyant sur des références à toute épreuve : littéraires (Maurice Blanchot), philosophiques (Nietzsche, Heidegger), psychanalytiques (Lacan), poétiques (Hölderlin, Jaccottet)… Ce ne sont là que des exemples parmi d’autres ; entre un « Prologue » et « Une possible touche finale », on avance en suivant un cheminement qui permet de découvrir et d’explorer, dans la complexité de leur déroulement, les thèmes importants de l’œuvre de Rilke : la poésie bien sûr, qui ne va pas sans la musique, l’amour (et le désamour), la mort (qu’il faut apprendre à aimer en aimant la vie), le rêve, l’ange, la chute, le jour, la nuit…

    Une analyse exigeante, donc, dans la perspective psychanalytique, mais pas seulement : tout part de l’auteure elle-même, de sa Moldavie natale, de son « immersion » dès l’enfance, grâce à sa mère, dans la poésie de Rilke, et de l’expérience personnelle qu’elle en fait tout au long de sa vie, avec les questions qu’elle se pose, par exemple : « Suis-je finalement toujours la fillette étourdie autant par le sacre des roses de notre jardin en Moldova, que par la légende du Dieu-Poète ? » Que ce soit dans son pays d’origine ou dans le sud de la France, en Camargue notamment, le poète « légué par [sa] mère » l’accompagne fidèlement, la sollicite à tout instant. Rilke impose sa présence, son « travail de poète », sa sensibilité extrême, rendant sa pureté à la pesante parole humaine.

    Jean-Pierre Longre

    www.editions-harmattan.fr

    https://luminitzaclaudepierre.com

    Des poèmes de Luminitza C. Tigirlas: voir ICI

    Biographie de L. C. Tigirlas

    D’origine roumaine, née en Moldova orientale, annexée par la Russie, je fus prise dans l’histoire de son déracinement et de sa survie face à l’assimilation linguistique dans l’URSS. Française d’adoption depuis janvier 2000. Psychanalyste trilingue à Saint Priest (Rhône). Ma langue ravine sur des traces traumatiques — l’exil de l’idiome maternel roumain serti dans le cyrillique étranger.
    Après des études universitaires en lettres modernes à Chișinău, République de Moldova, j’ai été journaliste (1980-1999) en arts et littérature ; cofondatrice-rédactrice en chef de « Réverbérations », revue de psychanalyse (roumain-français). Auteur en roumain de poèmes, essais et recueils de nouvelles.
    Depuis 1996, je me suis formée en France. Titulaire d’un Doctorat soutenu en 2004 et d’un DESS (2001) en psychopathologie et psychologie clinique de Paris 7, je pratique la psychanalyse en français, mais aussi en roumain et en russe, les deux langues de mon enfance en Moldova.

  • Cris de rejet et d’appartenance

    Théâtre, Moldavie, Roumanie, Nicoleta Esinencu, Mirella Patureau, éditions L’espace d’un instant, Jean-Pierre Longre Nicoleta Esinencu, Fuck you, Eu.ro.Pa!, Sans sucre, A(II)Rh+, Mères sans chatte, traduits du roumain par Mirella Patureau, éditions L’espace d’un instant, 2016

    Rien de tel que le théâtre pour exprimer des sentiments extrêmes (tels que les passions dans la tragédie antique et classique), et pourtant tout passe par l’intermédiaire de voix (celles des personnages) distinctes de celle de l’auteur. Est-ce bien Nicoleta Esinencu (née en 1978 à Chişinău, Moldavie) qui crie sa colère dans les quatre pièces recommandées par le réseau Eurodram et que les éditions L’Espace d’un instant ont eu la bonne idée de réunir en un seul volume ? En tout cas elles montrent, chacune à sa manière, que les cris de révolte que l’on y entend, suscités par les ratages de la transition, par la « désillusion, le dégoût de la société consumériste mais aussi des anciennes idéologies » (Mirella Patureau), s’ils sont bien ceux de l’auteure, sont aussi collectifs et pluriels.

    Fuck you, Eu.ro.Pa ! (selon la traductrice, il semble que « Eu. » = Europe, « ro » = Roumanie, « Pa ! » = « au revoir » en roumain) est un monologue adressé à « Papa », un père plus ou moins fictif, plus ou moins collectif représentant l’histoire du pays passé de la mainmise soviétique à celle du commerce ultralibéral (« Papa, il paraît que tu n’as pas eu de pays, toi non plus. […] Je m’approchais de toi, Europe ! / Trahison… »). Monologue souvent violent, au lexique cru, traduisant lui-même la violence et la cruauté de la vie quotidienne par une logorrhée de la révolte directe.

    théâtre,moldavie,roumanie,nicoleta esinencu,mirella patureau,éditions l’espace d’un instant,jean-pierre longreLa crudité du langage, l’abondance lexicale de la révolte se retrouvent dans Sans sucre, dialogue entre « Le frère » et « La sœur » qui échangent sur un rythme de plus en plus rapide, comme en une partie de ping-pong, des considérations sur la vie quotidienne et familiale, l’école, la nourriture, le rationnement (d’où le titre-leitmotiv). L’accélération du mouvement, jusqu’à la déconstruction, figure la transition vers une « liberté », une « intégration européenne » qui ne va pas sans risques ou sans hypocrisie, sans colère et sans violence : « Mettez la merde dans les sacs ! / Enfermez la merde dans les sacs ! / Ensuite jetez-les ! ».

    Retour au monologue avec A(II)Rh+, celui d’un père travaillant dans un service de don du sang. Si révolte il y a ici, c’est la révolte bêtement chauvine, de plus en plus violente à mesure que la parole semble se libérer. On passe du nationalisme primaire (« mon pays est / le plus courageux pays au monde », puis « le plus optimiste », puis « le plus fabuleux »…) à la xénophobie imbécile et tout azimut (contre les Tsiganes, les Hongrois, les Américains, les Arabes, les Russes, les Allemands, les Bulgares) pour décliner toute la gamme du rejet odieux : racisme, machisme, brutalité aveugle et folle de l’homme contre sa fille dont il imagine qu’elle pourrait un jour épouser un « nègre »…

    La violence familiale et sociale, la crudité du langage, la dénonciation de l’oppression et de l’hypocrisie sont encore les marques de Mère sans chatte. Monologue à dominante narrative d’une fille en butte à tous les odieux préjugés qui ont cours même dans une société prétendûment libérée : sur l’éducation sexuelle avec ses non-dits, sur le rôle et la place des femmes dans la maison et la société… Récit de petite fille par lequel, sans qu’elle s’en rende compte complètement, passe là encore la critique radicale d’une société qui a conservé ses tabous.

    Théâtre « engagé » ? Oui, si l’on considère que l’engagement réside dans la mise à nu des tares, des mensonges et des illusions politiques, sociaux, familiaux, culturels. Mais surtout théâtre vrai et vrai théâtre. Sous la verdeur et l’apparent relâchement du verbe, qui font partie inhérente de l’écriture de Nicoleta Esinencu, se révèle une construction très précise (accélération du rythme, progression de la parole des personnages en crescendos quasiment musicaux, leitmotive et refrains réguliers, points de convergence dramatique) ; la provocation, l’excès, la satire, les jeux verbaux et sonores, l’humour noir traduisent à la fois le cri de rejet et d’appartenance et l’émotion sincère du déboussolement : « Papa, moi, je suis pour le pays. Pour quel pays je suis, moi ? ».

    Jean-Pierre Longre

    www.sildav.org