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essai

  • Rencontre avec Marion Le Roy Dagen

    L'association Rhône Roumanie a le plaisir de vous inviter au Kotopo le 27 Septembre 2019 à 20h00 pour une rencontre avec Marion Le Roy Dagen. 

    Rencontre, essai, francophone, Roumanie, Marion Le Roy Dagen, Kotopo, Rhône Roumanie

    14 Rue René Leynaud, 69001 Lyon

    Entrée 4 €

    Sous le gouvernement Ceausescu, la politique nataliste en Roumanie a eu pour conséquence le placement d'enfants dans des institutions. Certains de ces enfants, après avoir été adoptés par des Français, souhaitent explorer des chemins d'enfance pour retrouver la part manquante à leur histoire. Marion Le Roy Dagen a livré son parcours dans L'enfant et le dictateur, paru aux éditions Belfond en 2018. Elle a également cofondé l'Association Française des Orphelins de Roumanie (AFOR).

    Rencontre, essai, francophone, Roumanie, Marion Le Roy Dagen, Kotopo, Rhône Roumanie

     

    Des documents en lien avec cette rencontre :

    - Si les enfants sont choyés lorsqu'ils arrivent au monde, des abandons sont néanmoins une préoccupation aujourd'hui aussi ; des travailleurs sociaux roumains témoignent dans un reportage ARTE.

    - Pour remonter dans l'histoire de l'adoption en Roumanie, un article écrit par une des fondatrices de l'AFOR (Association Française des Orphelins de Roumanie) 

    Que sont devenus les orphelins de l'Europe? Une reportage France 24  (27/06/2018)

    - Adopter, un jeu d'enfants? Arte 4 min

    - Adoption, le choix des nations un film d'Anne Georget Arte France 2015 

    - En France, Itinéraire d'un enfant placé Arte 56 min

    Des lectures proposées par Jean-Pierre Longre explorent le sujet :

    -  Liliana Lazar, Enfants du diable      

    -  Savatie BaştovoiLes Enseignements d'une ex-prostituée à son fils handicapé

    -  Marion Le Roy Dagen, Toujours vers les autres

     

    https://www.facebook.com/Association-Rh%C3%B4ne-Roumanie-682546995220100/?fref=nf

    http://www.kotopo.net

    http://orphelinsderoumanie.org

  • Quelques parutions récentes

    Roman, Essai, Revue, Roumanie, francophone, Mariana Gorczyca, Ina Delaunay, éditions Non Lieu,  Luminitza C. Tigirlas, Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, Benjamin Fondane, Société d’études Benjamin Fondane, Jean-Pierre LongreMariana Gorczyca, Cadence pour une marche érotique. Roman traduit du roumain par Ina Delaunay, éditions Non Lieu, 2019

    « En Roumanie, l'histoire d'un triangle amoureux entre une docteure, une professeure et un pianiste, tous épris de liberté durant les dernières années du régime de Ceausescu. »

    « Sur de grands mouvements musicaux se joue un roman de la séduction : séduction amoureuse, séduction artistique, séduction consumériste. Mais le séducteur n'est pas nécessairement une figure abjecte, il est ici l'élan vital. Le pianiste virtuose Tiberiu Vánky, et trois femmes de sa vie amoureuse, Renate, Ana et Margit, improvisent leurs expériences sexuelles dans une Transylvanie multiethnique et durant les dernières années grises du régime de Ceausescu. Ils s'abîmeront, se perdront et se retrouveront dans une marche effrénée pour accéder à une certaine forme de liberté. 1990 ouvre en Roumanie une perspective plus séduisante, un tempo plus joyeux, quand le peuple peut finalement respirer, rêver, passer les frontières... Les trois femmes évoluent alors dans une nouvelle harmonie : assumant une féminité plus complexe, elles se libéreront des mœurs anciennes, au contraire de Tiberiu Vánky qui restera fidèle à la fantaisie de ses aventures. Publié pour la première fois en 2010, considéré comme l'un des meilleurs romans roumains d'après la Révolution de 1989, ce livre a remporté trois prix nationaux importants. »

    www.editionsnonlieu.fr

     

     

    Roman, Essai, Revue, Roumanie, francophone, Mariana Gorczyca, Ina Delaunay, éditions Non Lieu,  Luminitza C. Tigirlas, Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, Benjamin Fondane, Société d’études Benjamin Fondane, Jean-Pierre LongreLuminitza C. Tigirlas, Fileuse de l'invisible — Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, coll. Essais, 2019

    « Inspiré par l’œuvre et la vie de la poétesse russe Marina Tsvetaeva, l’essai de Luminitza C. Tigirlas couronne ce qu’on peut appeler une Trilogie, initialement intitulée « Parfaire le sacré sans pardonner l’amour », texte un peu volumineux pour voir le jour dans un seul livre. Sa publication a été possible en trois volets qui interrogent le sacrifice de l’amour au nom de la création et dans le silence du sacré, commencée avec Rilke-Poème. Élancé dans l’asphère (L’Harmattan, 2017) et poursuivie dans l’ordre de leur publication par l’essai Avec Lucian Blaga, poète de l’autre mémoire, (éditions du Cygne, avril 2019). »

     « Le fil est une voix créatrice d’hérésies, elle monte au-dessus du métier de la fileuse de l’invisible — Marina Tsvetaeva (1892-1941). Sa nécessité rythmique d’être poète est celle de vivre, d’accomplir sa mission « d’oreille de la voix ». Se disant « murée vive », Marina exhorte le monde à la vérité de la perte et au franchissement poétique du Mur qui l’exile à l’intérieur d’elle-même. La poétesse s’appelle tour à tour Ariane, Maroussia, Tatiana, Sonetchka, Anna, Frère féminin, Rilke, Pasternak, Dieu-Diable, Noyé, Musique, Mère-Morte, Meurtrimère… Vide, Âme, Dieu… Poète de l’être à l’âme toute nue, Marina Tsvetaeva se fonde et se refonde dans une exposition poétiquement hérétique et, pourquoi pas, lyriquement croyante. Son exigence particulière pour le sacré fait ériger en vers « la vérité céleste contre la vérité terrestre ». Le vide, l’âme, le mystère et le sacrifice en tant qu’il est la « passion de la mort » nous interpellent au cœur des œuvres lues au cours de cet essai dans leur reflet de l’amour de l’amour en même temps que son refus. Passionnément, le désir d’amour de Marina est désir de mort. »

     

    TABLE

    Liminaire 9

    I Au métier du hors-âme 13

    II Brisures et éclatement d’un « Dieu-Diable » 43

    III Brûlure du Vide à vif du poème 59

    IV Saule-Sapho, frère féminin 95

    V Être unique et ne pas rencontrer l’Homme 123

    VI Au monde — du son irrecevable 149

    VII Où sont les mots à ne pas finir ? 167

     

    http://luminitzatigirlas.eklablog.com/fileuse-de-l-invisible-marina-tsvetaeva-a163982130

    https://editions-corlevour.com

     

     

    Roman, Essai, Revue, Roumanie, francophone, Mariana Gorczyca, Ina Delaunay, éditions Non Lieu,  Luminitza C. Tigirlas, Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, Benjamin Fondane, Société d’études Benjamin Fondane, Jean-Pierre LongreCahiers Benjamin Fondane n° 22. « Pourquoi l'art - Chimériques esthétiques ». Société d’études Benjamin Fondane, 2019

     

    Sommaire du numéro



    Éditorial
    - Éditorial 


    • Chimériques esthétiques 
    - Critique et esthétique : de Gourmont à Fondane, Agnès Lhermitte
    - Fondane, Gourmont et Le Mercure de France, Vincent Gogibu
    - Réflexions liminaires sur le Faux Traité d’esthétique de 1925, Serge Nicolas 

    • Poésie et philosophie 
    - Présence de Chestov et de Nietzsche dans Ulysse, Alice Gonzi
    - Fondane théâtralement opposé à Valéry 

    • Cinéma et théâtre 
    - Correspondante inédite avec Jean Paulhan, Benjamin Fondane
    Rapt : un défi cinématographique, Carmen Oszi
    - Lucas Gridoux acteur de théâtre et de cinéma, Eric de Lussy 

    • Peinture 
    - En compagnie de Benjamin Fondane, Marina Levikoff
    - Fondane et Chagall, Saralev Hollander 

    • L’écrivain et le social 
    - Démocratie et art (inédit), Benjamin Fondane, traduit par Aurélien Demars
    - Devant l’Histoire, Evelyne Namenwirth
    - L’écrivain et son temps, Monique Jutrin
    - À propos d’une citation de Victor Hugo, Monique Jutrin
    - Les années 33-37 pour Benjamin Fondane, Margaret Teboul
    - À propos des hussards sabre au clair, Margaret Teboul 

    • Notes 
    - Fragment d’une lettre à Ion Călugăru, B. Fundoianu, traduit du roumain par Carmen Oszi
    - Dialogues au bord du gouffre, Gisèle Vanhese
    - Paysages, compte rendu, J-P Longre 

    • Informations 
    - Informations 

    • Bibliographie sélective 
    - Bibliographie sélective 

    • Collaborateurs

    www.benjaminfondane.com

  • « Dans le silence du sacré », « ça crée »

    Essai, poésie, théâtre, francophone, Roumanie, Moldavie, Lucian Blaga, Luminitza C. Tigirlas, éditions du Cygne, Jean-Pierre LongreLuminitza C. Tigirlas, Avec Lucian Blaga. Poète de l’autre mémoire, éditions du Cygne, 2019

    Le livre commence avec la Ballade de Maître Manole que la bunica (la grand-mère) de l’auteure lui racontait dans son enfance ; il continue avec Lucian Blaga, dont on connaît bien la poésie, moins bien la philosophie ou le poème dramatique Manole, Maître bâtisseur. Ainsi le titre se justifie-t-il par une sorte d’intimité entre l’écrivain roumain et Luminitza C. Tigirlas. Son propos est de « questionner l’énigme » de ce Maître Manole qui enferma son épouse dans la muraille du monastère dont il avait dirigé la construction, questionnement qui prend « la liberté de certains détours par la position subjective d’analysante » (ce qui permet d’explorer « l’autre mémoire » suggérée par le sous-titre).

    N'entrons pas ici dans le détail de l’analyse. Disons simplement que celle-ci est fouillée, semée de références à Freud et à Lacan, mais aussi à beaucoup d’autres penseurs, philosophes et écrivains (Sophocle, Platon, Ovide, Apulée, Kierkegaard, Goethe, Nietzsche, Dostoïevski, Rilke, Heidegger, Marguerite Yourcenar, Paul Celan, on en passe…). Mais l’érudition n’est pas sèche. La poésie des paysages, de la langue maternelle, des souvenirs personnels, celle du silence et de la parole, cette poésie court en filigrane dans la trame des pages.

    Et sans qu’il y ait conflit avec ce qui précède, le psychanalyse nourrit ici l’étude thématique issue d’une lecture personnelle. Les thèmes de l’amour et de la mort, des mythes fondateurs, du sacrifice, de l’eau (« inséparable de l’humus natal »), du sacré (« ça crée ? ») – tout cela se combine dans une exploration approfondie de l’œuvre de Lucian Blaga et, d’une manière plus large, de l’écriture fondée sur la mémoire. Luminitza C. Tigirlas décompose parfaitement le cheminement de la création et de ses « avancées fécondes » : « La mise en scène d’un personnage tel le maître d’œuvre Manole avec la désignation de son acte par un édifice réel, le Monastère d’Argeş, est présentée comme un miracle. De là ont pris vie différents genres populaires – légende, mythe, ballade – pour nourrir ensuite des exégèses ou inspirer des compositeurs ou écrivains modernes, comme le fit Lucian Blaga. ». Voilà qui incite à la lecture.

    Jean-Pierre Longre

    http://luminitzatigirlas.eklablog.com

    https://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-avec-lucian-blaga.html

    https://www.editionsducygne.com

  • Cioran et la solitude

    Essai, francophone, Roumanie, Cioran, Aurélien Demars, Mihaela-Genţiana Stănişor, Classiques GarnierCioran, archives paradoxales. Nouvelles approches critiques, Tome IV. Sous la direction d’Aurélien Demars et Mihaela-Genţiana Stănişor, Classiques Garnier, 2019

    Présentation :

    « Épreuve ou aubaine du destin, la solitude tourmente sans cesses Cioran. Solitude de soi, d’autrui, de Dieu ou des choses, elle frappe aveuglément tout et tous. Symptôme, détresse ou, au contraire, force, puissance d’autonomie, remède aux tribulations du monde, la solitude enserre Cioran dans l’insoluble mais l’ouvre aussi à l’acmé d’une intériorité tragique aux dimensions cosmiques. Que signifie la solitude cioranienne ? Est-elle éloignement du monde ou rapprochement de soi ? Écrire, donc communiquer, n’est-ce pas contraire à la solitude ? Ne condamne-t-elle pas au silence ? Autant de questions qu’examinent les études réunies ici. »

     

    SOMMAIRE

     

    Pages 7 à 11

    Introduction : « Solitude du destructeur », Demars (Aurélien)

    PREMIÈRE PARTIE, DOSSIER THÉMATIQUE : LA SOLITUDE

    Pages 15 à 34

    « Les solitaires d’E. M. Cioran : aphorismes et fragments. Cioran, maître de la forme courte, et la tradition européenne de l’aphorisme, de la maxime et du fragment », Le Rider (Jacques)

     

    Pages 35 à 57

    « La solitude ou le mal d’être chez Cioran », Stănişor (Mihaela-Genţiana)

     

    Pages 59 à 72

    « Le solitaire : un déserteur sans désert », Garrigues (Pierre)

     

    Pages 73 à 83

    « Solitude et lumière. Ténèbres du troglodyte et éblouissement du désert chez Cioran », Chatelet (Lauralie)

     

    Pages 85 à 105

    « Solitude et silence selon Cioran. Le blasé de la ville et du désert », Demars (Aurélien)

     

    Pages 107 à 113

    « Du vain espoir d’être seul », Zaharia (Constantin)

     

    Pages 115 à 121

    « Sur la solitude de Cioran », Santacroce (Christian)

     

    Pages 123 à 134

    « La solitude cosmique de Cioran », Lăzărescu (Mircea)

     

    Pages 135 à 142

    « La solitude comme lieu de rencontre avec Dieu », Chelariu (Ionuţ Marius)

     

    Pages 143 à 156

    « Cioran et l’entretien avec soi dans la solitude »

    Baron (Dumitra)

     

    Pages 157 à 179

    « Styles de solitude à l’époque de la barbarie », Enache (Răzvan)

     

    Pages 181 à 186

    « Cioran ou la solitude d’un ami », Vanini (Paolo)

     

    Pages 187 à 204

    « Cioran, l’être « impensablement seul », et « la solitude absolue » de Ţuţea. Une correspondance étonnante », Brad (Rodica)

     

    Pages 205 à 214

    « Cioran et Blanchot. Les « hérétiques de l’existence », les hérétiques de la solitude », Popescu (Gabriel)

     

    Pages 215 à 225

    « Penser contre soi, écrire malgré soi. Cioran et Kafka », Garcia-Guillem (Sergio)

     

    Pages 227 à 235

    « Mélancolie, nostalgie et solitude chez Emil Cioran. Les harmonies ibériques », Pérez López (Pablo Javier)

    DEUXIÈME PARTIE : POINTS DE FUITE

    Pages 239 à 245

    « « Dans la tourmente d’un mystique. Une lecture de Cioran », Lesimple (Alain)

     

    Pages 247 à 250

    « Cioran à l’encontre de Valéry », Demars (Aurélien)

     

    Pages 251 à 253

    « Synopsis des principaux colloques internationaux consacrés à Cioran », Demars (Aurélien)

  • Un renouvellement retentissant

    Essai, Art, Roumanie, Petre Raileanu, éditions Non Lieu, Jean-Pierre LongrePetre Raileanu, Les avant-gardes en Roumanie, La charrette et le cheval-vapeur, éditions Non Lieu, 2018

    Qu’est-ce que l’avant-garde ? Faute de la définir, on peut la reconnaître à quelques « invariants » : « La négation ; le renouvellement des langages et des codes comme impératif ; l’existence d’un groupe et d’un manifeste ; la diffusion de ses idées et de sa production par l’intermédiaire d’une ou de plusieurs publications, événements ou livres ». Parmi les pays qui ont donné naissance, au début du XXème siècle, à une avant-garde artistique et littéraire, la Roumanie figure au premier rang. Et ce ne fut pas seulement une naissance, mais une expansion européenne et mondiale – le phénomène le plus connu étant en l’occurrence l’invention, par Tristan Tzara, Marcel Janco, Hugo Ball, Hans Arp et quelques autres, du mouvement Dada, qui allait s’étendre à la France et au monde occidental.

    Ce n’est qu’un exemple. L’ouvrage de Petre Raileanu (qui reprend en substance, en les développant, les approches qu’il avait faites en 1995 dans un numéro du Rameau d’or) relate et définit avec précision les épisodes et les données des avant-gardes roumaines (un pluriel significatif), le tout étant assorti d’une riche iconographie : reproductions d’œuvres d’art, fac-similés de documents et revues, photos d’époque (Bucarest notamment), portraits d’artistes et d’écrivains… Ce qui fait de cet ouvrage grand format un livre non seulement à lire, mais aussi à regarder, à contempler.

    L’auteur établit une chronologie rigoureuse, qui nous mène des précurseurs (Macedonski et le symbolisme, Urmuz et l’absurde, les premières revues) au groupe surréaliste de Bucarest (Gherasim Luca, Gellu Naum, Virgil Teodorescu, Nadine Krainik, Paul Păun, D. Trost), partisan de « la subversion de la subversion », dépassant même les options de son inspirateur André Breton. Entre les deux, apparaissent ceux que Petre Raileanu appelle « les messagers » : Tristan Tzara bien sûr avec Marcel Janco « le constructeur », Benjamin Fondane, qui rejette le surréalisme et donne à sa poésie des « bases philosophiques ». Il est encore beaucoup question des revues, autour desquelles et avec lesquelles les avant-gardes se sont construites (Contimporanul, Punct, Integral), définissant un certain nombre d’idées nouvelles dans des manifestes ou selon des concepts tels que la « pictopoésie » (Ilarie Voronca et Victor Brauner)… Et l’héritage de ces avant-gardes est à la fin du volume bien mis en valeur, avec l’onirisme de Dumitru Ţepeneag et Leonid Dimov, ainsi que quelques autres grands noms contemporains tels que ceux de Gheorghe Crăciun, Mircea Cărtărescu, Matei Visniec, ou pour le cinéma par exemple ceux de Mungiu, Porumboiu, Puiu…

    Impossible évidemment de citer tous les noms, qui figurent dans un « dictionnaire des protagonistes » bienvenu. L’ouvrage ne se contente pas de tracer un historique, si précis soit-il. Il établit le contexte, risque des définitions, laisse le champ libre au lecteur en suggérant quelques problématiques importantes : les rapports entre avant-gardes et idéologies, le rôle de l’art dans la politique, les relations culturelles entre la Roumanie et l’Europe occidentale, notamment la France – réflexion introduite par le sous-titre, « La charrette et le cheval-vapeur », rappelant ce que « la carriole et le cheval-vapeur » représentait pour Fernand Braudel, à savoir « les symboles des deux Europe, orientale et occidentale », avec leurs contrastes. D’où découle la « rupture » créée par les avant-gardistes roumains tournés en particulier vers la langue française. Ce beau livre fournit donc des renseignements précieux, mais incite aussi à une réflexion générale, tout en procurant le plaisir de l’esprit et, grâce aux nombreuses illustrations, de l’œil.

    Jean-Pierre Longre

    www.editionsnonlieu.fr

  • « Liberté sans dogmes »

    Essai, Roumanie, francophone, Benjamin Fondane, Monique Jutrin, Remy de Gourmont, Agnès Lhermitte et Vincent Cogibu éditions de l’éclat, Jean-Pierre LongreBenjamin Fondane, Devant l’Histoire, textes réunis et présentés par Monique Jutrin, éditions de l’éclat, 2018

    Ce qui caractérise Benjamin Fondane et le distingue de beaucoup de ses contemporains, c’est, comme le dit Monique Jutrin, « sa liberté d’esprit et sa lucidité ». « La véritable révolte ne peut être qu’individuelle », écrivait-il dans Rimbaud le voyou. Sur le plan politique, ni nationalisme ni internationalisme, ni capitalisme ni marxisme, et un antifascisme radical ; sur le plan artistique, liberté de création ; sur le plan philosophique, une pensée nourrie de clairvoyance et de métaphysique, et de ce qu’il nomme lui-même « irrésignation » devant l’Histoire et le malheur.

    Cette indépendance, cette clairvoyance sont au cœur des textes qui composent Devant l’Histoire – textes réunis et présentés par Monique Jutrin, traduits du roumain (lorsqu’ils ne sont pas directement écrits en français) par Marlena Braester, Hélène Lenz, Carmen Oszi, Odile Serre et Aurélien Demars, établis et commentés avec beaucoup de précision dans des notes concernant, pour chacun d’entre eux, son origine et son contenu, le tout complété par une bibliographie et une chronologie utiles.

    Inaugurés par l’article « L’Homme devant l’Histoire ou le bruit et la fureur » (1939), qui contient l’essentiel d’une pensée parfois provocatrice à force de rigueur sur la montée de la barbarie nazie, les textes sont répartis en deux grandes sections, « Autour de la grande guerre » (1913-1922) et « L’entre-deux-guerres » (1927-1937), suivis d’un écrit posthume, « Eaux-mères » (1950). Dans un « post-scriptum », Monique Jutrin souligne « l’absence de textes pour les années 1940-1944 », c’est-à-dire pendant l’occupation et jusqu’à l’assassinat de l’auteur à Auschwitz ; période durant laquelle, pourtant, il « travailla d’arrache-pied, laissant inachevés une grande partie de ses écrits, tant philosophiques que poétiques. » : ce furent des poèmes, des articles, des lettres (à Camus par exemple), son Baudelaire et l’expérience du gouffre

    Les 200 pages de Devant l’Histoire donnent l’occasion de mieux connaître Fondane, de confirmer ou d’infirmer certains points de vue sur sa pensée, mais aussi de constater que même lorsqu’il s’agit de philosophie et de théorie, l’élégance du style, le choix des mots, la profondeur poétique sont toujours là, quelles que soient les circonstances. Et ce n’est pas un hasard si nous rencontrons, au fil des pages, un certain nombre de ses contemporains – écrivains, intellectuels, artistes qu’il approuve ou qu’il contredit – parmi lesquels Gide, Malraux, Denis de Rougemont, Chestov bien sûr, Jacques Maritain, Albert Camus… ; pas un hasard non plus si nous le voyons évoquer le surréalisme, Dada, la Palestine, ou si nous l’entendons lancer un appel aux étudiants roumains de Paris pour contrer « l’offensive fasciste » que connaissent leur pays et l’Europe. Benjamin Fondane est par-dessus tout un artiste dans le siècle, épris d’indépendance.

    Jean-Pierre Longre

    www.lyber-eclat.net  

     

    Essai, Roumanie, francophone, Benjamin Fondane, Monique Jutrin, Remy de Gourmont, Agnès Lhermitte et Vincent Cogibu éditions de l’éclat, Jean-Pierre LongreParution à signaler :

    Benjamin Fondane et Remy de Gourmont. Questions d’esthétique. Dossier n° 2 de la Nouvelle imprimerie gourmontienne. Coordonné par Agnès Lhermitte et Vincent Cogibu.

    « Fruit de la collaboration des deux associations (Société d'études Benjamin Fondane : SEBF, et Cercle des Amateurs de Remy de Gourmont : CARGO), ce volume est le numéro 2 de la collection "Dossiers" de la Nouvelle Imprimerie gourmontienne. Il comprend les écrits consacrés par Fondane à Remy de Gourmont et au mouvement symboliste, au nombre desquels plusieurs textes inédits, ainsi que quelques études sur l'influence exercée par Gourmont sur le jeune Fondane, surtout dans sa période roumaine ».

    www.remydegourmont.org

  • Ne jamais renoncer

    Essai,  autobiographie, anglophone (États-unis), Eva Mozes Kor, Lisa Rojany Buccieri, Blandine Longre, Notes de nuit, Jean-Pierre LongreEva Mozes Kor et Lisa Rojany Buccieri, Survivre un jour de plus. Le récit d’une jumelle de Mengele à Auschwitz. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre, Notes de nuit, 2018.

    On ne s’habituera jamais à l’horreur, et chaque témoignage sur les camps d’extermination apporte son lot de questions sur « l’espèce humaine », à la suite de celles que se pose Robert Antelme. En lisant Survivre un jour de plus, on se demande comment des hommes, des médecins devenus bourreaux, ont pu se rendre coupables des atrocités infligées à leurs victimes sous prétexte d’expérimentations médicales, et comment les victimes – du moins certaines d’entre elles – ont pu résister aux souffrances. Cette résistance, Eva Mozes Kor l’explique par l’amour que sa jumelle Miriam et elle se portaient mutuellement, ce qui constituait un soutien inébranlable : « Nous nous raccrochions l’une à l’autre parce que nous étions des jumelles. Nous comptions l’une sur l’autre parce que nous étions des sœurs. Et parce que nous appartenions à la même famille, nous ne renoncions pas. ». Ajoutons à cela une force de caractère exceptionnelle : « Je ne suis pas morte, me répétais-je. Je refuse de mourir. Je vais me montrer plus futée que ces docteurs, prouver à Mengele qu’il a tort, et sortir d’ici vivante. ».

    Âgées de dix ans, Eva et Miriam, Juives nées en Roumanie, ont été déportées à Auschwitz avec leur famille – leurs parents et leurs deux sœurs, qu’elles ne reverront pas. C’est leur long calvaire qu’avec l’étroite collaboration de Lisa Rojany Buccieri l’auteure relate ici : le départ forcé de leur village sous le regard muet d’une population rongée par l’antisémitisme, l’arrivée brutale au camp, les expériences inhumaines faites sur les jumeaux, et donc sur Eva et Miriam, par Mengele et ses sbires, les maladies, la faim, la peur incessante de la séparation et de la mort, mais le courage inaltérable. Enfin la déroute nazie, la libération par les Russes (qui ne manquent pas de mettre en scène le film de la sortie du camp), et la question de l’avenir qui se pose aux deux fillettes maintenant seules : « Nous avions survécu à Auschwitz. Nous avions onze ans. Nous n’avions désormais qu’une question en tête : comment allions-nous rentrer chez nous ? ». Après maints détours, c’est le retour au village de Porţ, le malaise qui les prend en réalisant que ce ne sera plus jamais comme avant, et la volonté de se construire « une nouvelle vie ». Pendant cinq ans elles vivront à Cluj chez leur tante, puis, avec les difficultés que l’on devine sous le régime roumain de l’époque, ce sera le départ pour Israël.

    Devenue par la suite américaine, Eva Mozes Kor a fondé « une association de soutien aux jumeaux ayant survécu aux expérimentations de Josef Mengele, et a aidé à faire pression sur plusieurs gouvernements afin que soit retrouvé ce dernier. ». Après le décès de Miriam, elle a ouvert à sa mémoire le « Musée et centre éducatif de la Shoah », et est devenue une ambassadrice de la paix et du pardon – conformément à ce qu’elle espère transmettre aux jeunes générations et qui conclut l’ouvrage : ne jamais renoncer, et pardonner à ses ennemis. Ce livre poignant, illustré par d’émouvantes photos, est à la fois témoignage nécessaire, leçon de courage et « message de pardon ».

    Jean-Pierre Longre

    www.notesdenuit-editions.net

  • Singularités d’une capitale

    Essai, anthologie, Roumanie, Cécile Folschweiller, Andreia Roman, éditions Non Lieu, Jean-Pierre LongreCécile Folschweiller et Andreia Roman (textes réunis par), Bucarest, Promenades littéraires, éditions Non Lieu, 2017

    Voilà un livre que désormais tout voyageur qui, pour quelque raison que ce soit, se rend à Bucarest devra emporter avec lui. Les « promenades » qu’il propose se déroulent à travers les textes d’écrivains pour qui la capitale roumaine est un vrai sujet littéraire, voire un vrai personnage romanesque. Comme le précisent à juste titre ses auteures, « Bucarest cache précieusement ses secrets. Bucarest ne se visite pas, Bucarest se “vit” et se dévoile au fil des expériences quotidiennes et des rapports humains ». Ville singulière, « mal aimée », « qui a toujours témoigné d’une vitalité bouillonnante et d’une volonté farouche de défier les aventures de son passé », elle est le sujet de nombreux livres, chapitres, pages du patrimoine littéraire passé et présent.

    L’ouvrage s’organise de la manière la plus pratique et la plus claire : quatre parties présentant les textes dans l’ordre chronologique des périodes évoquées (« Avant 1900 », « 1900-1945 », « 1945-1989 », « Après 1989 »), suivies des références bibliographiques et de plans fort utiles, permettant de repérer les lieux correspondant aux textes ; lieux en outre illustrés par des photos parsemant les pages et montrant ou rappelant certains monuments, certaines rues, certains quartiers qui ont fait l’histoire de la ville. Si l’organisation est pratique, si chaque texte est introduit par des lignes éclairantes sur son auteur, la thématique est d’une grande richesse et d’une grande variété, une variété qui concerne aussi les genres et les styles.

    Sans entrer dans les détails, et en précisant que presque tous les textes (sauf les trois premiers, témoignages historiques livrés par des auteurs français d’autrefois) sont traduits du roumain par des étudiants et des enseignants de l’INALCO, nous avons là des pages d’écrivains connus, tels Ion Luca Caragiale, Tudor Arghezi, Hortensia Papadat-Bengescu, George Călinescu, Gabriela Adameşteanu, Mircea Cărtărescu, Sebastian Reichmann, d’autres moins notoires, et du théâtre, de la poésie, de la prose narrative. Pages descriptives, oniriques, historiques, dramatiques, satiriques, élogieuses… on ne s’ennuie pas dans cet ouvrage qui peut se lire en continu, comme le roman d’une ville, se consulter au gré des humeurs et des centres d’intérêt, ou être considéré comme un vaste poème urbain, à l’instar de ce que rêve d’écrire Bogdan Ghiu : « J’aimerais bien réussir à écrire – ou, au moins, à lire chez quelqu’un d’autre – un poème non pas sur Bucarest (car il y en a beaucoup), mais celui de Bucarest, un poème-Bucarest, un poème qui serait Bucarest, dont on sentirait qu’il est Bucarest, quels que soient les mots qu’il contient. ». Le « poème-Bucarest », ces « promenades littéraires » nous le donnent à lire.  

    Jean-Pierre Longre

     

    Les écrivains : Gabriela Adameşteanu, Tudor Arghezi, George Bariţiu, Florin Bican, Adriana Bittel, Geo Bogza, George Călinescu, Zoe Cămărăşescu, Ion Luca Caragiale, Mateiu Caragiale, Mircea Cărtărescu, Ioana Drăgan, Nicolae Filimon, Bogdan Ghiu, Silvia Kerim, Pierre Lescalopier, Auguste de Messence, Maria-Elena Morogan, Hortensia Papadat-Bengescu, Ioana Pârvulescu, Isac Peltz, Cezar Petrescu, Ioan Popa, Marin Preda, François Recordon, Sebastian Reichmann, Doina Ruşti, Bogdan Suceavă, Alex Tocilescu.

     

    www.editionsnonlieu.fr

  • Une « francophonie plurielle »

    Essai, revue, francophone, Roumanie, Elena-Brânduşa Steiciuc, Marina Mureşanu Ionescu Editura Universităţii « Ştefan cel Mare » Suceava, Editura Junimea Iaşi, Jean-Pierre LongreElena-Brânduşa Steiciuc, Francophonie & diversité, Editura Universităţii « Ştefan cel Mare » Suceava, 2017.

    Dans son avant-propos, Elena-Brânduşa Steiciuc, dont on connaît l’érudition et l’inlassable activité dans le domaine des littératures de langue française, rappelle la variété des « horizons identitaires » caractérisant les écrivains que réunit la pratique de la langue française. « Tous ces écrivains, si divers soient-ils, font un travail de représentation et d’invention de leur monde, ou bien du monde postmoderne, où métissage et migration sont des jalons incontournables. ».

    En deux parties distinctes (« D’ici et d’ailleurs » et « Francophonie et traduction »), Elena-Brânduşa Steiciuc passe en revue un certain nombre d’auteurs représentatifs de la diversité en question : Oana Orlea (1936-2014), « une conscience libre », dont est retracé le parcours d’exilée en France, avec un gros plan sur deux œuvres essentielles : Un sosie en cavale et Les années volées ; Irina Mavrodin, « Grande Dame de la francophilie roumaine », dont l’ultime ouvrage, Sept jours avec Alexandre Vona, apparaît comme « une victoire contre la mort et l’oubli » ; Mircea Iorgulescu et l’approche originale qu’il eut de Panaït Istrati, le fameux écrivain français qui « se réinvente comme roumain » ; Felicia Mihai, dont l’exil québécois « est hanté par la culture d’origine » ; Liliana Lazar, dont les deux romans récents, Terre des affranchis et Enfants du diable, font résonner une « voix particulière dans la prose francophone contemporaine ». Des articles sur deux essais (La Roumanie de Michel Louyot rééditée à bon escient, et Une belle voyageuse) complètent cette revue des ouvrages consacrés à la francophonie roumaine.

    Suivent des chapitres illustrant la pluralité des origines linguistiques des écrivains de langue française : Brina Svit, Isabelle Eberhardt, Albert Memmi, Assia Djebar, Malika Mokeddem, Boualem Sansal. On remarque à ce propos la place privilégiée « des littératures du pourtour méditerranéen », dont « la migration et l’exil sont deux constantes ».

    Concernant la traduction et la diffusion des œuvres francophones en Roumanie, Elena-Brânduşa Steiciuc consacre ses réflexions à Jean Genet (auteur considéré comme « dangereux » durant la période de la dictature), à la littérature érotique, à la redécouverte de Cioran dans les années 1990 – et pour finir, dans un mouvement inverse, à la belle traduction des Poèmes de la lumière de Lucian Blaga par Jean Poncet.

    Les présentations et analyses littéraires sont ponctuées par des entretiens éclairants, permettant d’aborder les œuvres du point de vue des écrivains. C’est le cas avec Rodica Iulian, exilée en France à partir de 1980, et qui s’exprime dans ses deux langues ; avec Paul Emond, qui a pratiqué des genres très divers, et qui ne refuse pas de s’exprimer sur sa « belgitude » ; avec Gaëtan Brulotte, fameux écrivain, chercheur, professeur québécois ; et avec le traducteur Michel Volkovitch, grand « passeur » en langue française de la littérature grecque moderne.

    De ce volume d’une grande richesse, d’une diversité de bon aloi, on tire des enseignements à la fois particuliers, sur des auteurs précis, et généraux, sur les problématiques liées à la francophonie, à la traduction et à l’écriture littéraire tous azimuts. De quoi intéresser aussi bien les chercheurs et spécialistes (l’abondante bibliographie et l’index détaillé le prouvent) que les lecteurs amateurs, à quelque niveau que ce soit.

    Jean-Pierre Longre

     

    Essai, revue, francophone, Roumanie, Elena-Brânduşa Steiciuc, Marina Mureşanu Ionescu Editura Universităţii « Ştefan cel Mare » Suceava, Editura Junimea Iaşi, Jean-Pierre LongrePrésidente de l’ARDUF (Association Roumaine des Départements Universitaires Francophones), Elena-Brânduşa Steiciuc est aussi directrice, avec Marina Mureşanu Ionescu, de la Revue Roumaine d’Études Francophones (Editura Junimea, Iaşi), publication annuelle de cette association. Le numéro 8 est consacré aux « auteurs roumains francophones » de « l’extrême contemporains » tels que Matéi Visniec, Marius Daniel Popescu, Felicia Mihai, Liliana Lazar, Irina Teodorescu, Virgil Tanase, Irina Adomnicăi, et aussi à quelques écrivains de divers horizons (Alexandre Dumas, Anne Hébert, Patrick Chamoiseau, Assia Djebar, Andreï Makine…). « Francophonie et diversité », tel est aussi le thème central de ce numéro.  

    JPL

    http://editura.usv.ro 

    http://arduf.ro/revue

  • « Laisser inventer la main »

    Essai, dessin, francophone, Eugène Ionesco, Gallimard, Jean-Pierre LongreEugène Ionesco, Le blanc et le noir, Gallimard, L’imaginaire, 2017

    On connaît évidemment le théâtre de Ionesco, moins évidemment ses essais, encore moins ses écrits narratifs. Mais connaît-on son œuvre graphique ? Certes beaucoup plus restreinte que son œuvre littéraire, elle existe bel et bien, dans un esprit créatif similaire à celle-ci. Séjournant à Saint-Gall avec sa femme et sa fille, le dramaturge s’adonna, grâce à des amis, à l’art de la lithographie, et cela donna Le blanc et le noir, publié d’abord en Suisse en 1981, puis en France, chez Gallimard, en 1985. La collection « L’imaginaire », dans laquelle figure cette nouvelle édition, va comme un gant à la main inventive et quelque peu iconoclaste de l’auteur, qui écrit lui-même : « Quand je commence à faire quelque chose, c’est autre chose qui sort. Souvent, c’est mieux, c’est préférable, il faut que le rythme y soit. Le rythme est tout. C’est pour cela, dis-je de nouveau, qu’il faut laisser inventer la main. ».

    Les quinze lithographies du livre (en noir et blanc, donc) sont précédées d’une longue introduction et, pour chacune d’entre elles, de commentaires parfois brefs. Pour Ionesco, le dessin semble être une découverte, ou une redécouverte : « Je recommence depuis rien. ». Et à l’imagination s’ajoute « une sincérité totale, naïve. ». À lire ses commentaires, on a l’impression qu'il découvre ses propres dessins, les décrit, les interprète comme peut le faire le lecteur, jusqu’à se questionner. Par exemple, pour le premier, à propos des figures qu’il représente : « Et voici leur chef, le maître, le dictateur, le tyran. Que sont ces quatre têtes déformées, caricaturales qui l’entourent dans les quatre coins de la feuille ? Ce sont ses adjoints, vraisemblablement. ». Ou encore : « Dans le coin de gauche, en haut, encadrée, c’est bien une croix. Une croix bien triste, esseulée. Est-ce parce qu’elle est en manque de crucifié ? Oui, si vous voulez. Mais les pendus ne sont pas de vrais pendus. ».

    Essai, dessin, francophone, Eugène Ionesco, Gallimard, Jean-Pierre LongreLes questions que se pose l’auteur à propos de cette œuvre graphique sont celles qu’il se pose à propos de son œuvre écrite. Les commentaires qui relient les images sont parcourus de réflexions non seulement sur le dessin, mais aussi sur la vie et la mort, sur le remords, sur la foi et la religion, sur le théâtre (qui « parle trop » !), sur le silence et le besoin de sérénité. Et la sincérité toujours, qui permet à l’auteur d’insister sur ses propres contradictions – contradictions et dualité qui, en fait, nourrissent son œuvre : « Je me contredis tout le temps, j’affirme tantôt ceci, tantôt cela. » : blanc et noir, oui et non, bien et mal, tragique et comique, avec ces aveux : « Dès ma première pièce de théâtre, je me suis pris à vouloir écrire la tragédie du langage : ce fut comique. […] Tout ce que je dis est double. […] Il y a peu de choses qui séparent l’horrible du comique. ». C’est écrit à propos du théâtre, mais les lithographies qui composent ce livre en sont une illustration expressive, et un aveu de plus.

    Jean-Pierre Longre

    www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/L-Imaginaire

  • De Bucarest à MK2

    Essai, francophone, cinéma, Marin Karmitz, Caroline Broué, Fayard, Jean-Pierre LongreMarin Karmitz, Caroline Broué, Comédies, Fayard, 2016

    Né en Roumanie en 1938, Marin Karmitz est devenu, comme on le sait, l’un des hommes de cinéma les plus notoires, aussi bien en France qu’à l’étranger. Son livre Comédies (qui reprend au pluriel le titre beckettien de l’un de ses premiers courts métrages), écrit en dialogue avec Caroline Broué (qui n’hésite pas à intervenir périodiquement en son propre nom), retrace un itinéraire plein d’expériences diverses, de contradictions parfois, d’illusions, d’espoirs, de déchirements, de créations importantes, la vie d’un homme dont les « idées, en matière de cinéma, de politique, d’art, ont été élaborées en se confrontant au réel. ».

    Cela commence, au début des années 1940, avec les menaces fascistes contre la famille « issue de la bourgeoisie juive roumaine », qui fuyant Bucarest se réfugie dans la station montagnarde de Sinaia (des « souvenirs extraordinaires » pour Marin), s’exile en 1947 par bateau jusqu’à Marseille et s’installe à Nice, puis à Paris.

    « J’ai voulu faire du cinéma parce que j’étais incompétent ailleurs. Je dessinais mal, je ne savais pas écrire, je n’avais pas l’oreille musicale, j’étais piètre acteur. Ma mère me destinant à une carrière artistique, il ne restait que le septième art. ». Aveu bien modeste pour un homme qui a eu une telle carrière de réalisateur, de producteur, de distributeur (et aussi de photographe), pour le fondateur de MK2, pour un créateur qui a toujours voulu donner « une autre idée du cinéma », parfois « seul contre tous », un créateur qui, dit-il, « reste un passeur, un intermédiaire entre l’œuvre et le public. ». L’ouvrage retrace nombre de péripéties, évoque les rencontres et amitiés (avec Chabrol, Godard, bien d’autres encore), les inimitiés aussi, développe les idées, sans négliger le parcours politique qui le mène de la gauche prolétarienne à la présidence du « Conseil de la création artistique » voulu par Nicolas Sarkozy – ce pourquoi il a été attaqué, mais dont il se justifie en énumérant les projets, aboutis ou non, de ce Conseil, et en invoquant l’intérêt général, mais aussi ses déceptions (« J’ai compris pourquoi on ne pouvait lutter que de l’extérieur, et pourquoi vouloir infléchir les choses de l’intérieur est une illusion. »).

    Homme de culture avant tout, homme de liberté, de révolte et d’indépendance, obstiné « à rester droit au milieu de l’adversité », Marin Karmitz, après le bilan de tout ce qui a fait un destin hors du commun, termine avec la « transmission » de ses réalisations à ses fils et avec un retour sur son pays d’origine, la Roumanie qu’il a redécouverte, un pays devenu « un autre monde ». L’avenir et le passé, donc, encadrant et nourrissant un récit vivant, illustré de photos et de documents évocateurs, à lire pour l’homme que l’on y découvre, pour la vie et l’histoire du cinéma et plus généralement de la culture.

    Jean-Pierre Longre

    www.fayard.fr

  • « De-ci de-là », un anti-guide touristique

    Essai, francophone, Roumanie, Richard Edwards, Transboréal, Jean-Pierre LongreRichard Edwards, Chroniques de Roumanie, Transboréal, 2017

    Si elles ne sont pas exhaustives, les quatre-vingt « chroniques » de Richard Edwards font un tour quasiment complet, en tout cas précis et chaleureux, de son pays d’adoption, avec lequel il entretient des rapports passionnés. « Ma Roumanie, c’est une histoire d’amour entre une terre et moi. ». Une passion qui n’est pas exempte de « douleur », comme il le décline dès le début de l’ouvrage – car le pays et ses habitants n’échappent pas aux paradoxes : « Passion d’un pays complet et disponible, à tout moment, mer, montagnes, plaines et paysages, / Douleur d’un pays flétri d’un orgueil paranoïaque qui le mine dans son regard à l’autre ; / Passion d’un pays qui prend le temps, qui donne le temps, qui aime flirter avec l’éternité, / Douleur d’un pays qui s’étouffe dans les méandres de la mauvaise foi et de la corruption ; / […] Passion d’un pays d’artistes, d’écrivains, servis par le violon, l’accordéon, le vin et la ţuica, / Douleur d’un pays qui refuse sa beauté, tant elle est immense ; / Passion d’un pays qui fait naître chaque matin et raconter l’histoire, les histoires. ».

    De ces paradoxes, c’est bien l’amour pour la Roumanie qui sort victorieux. Et l’auteur, en brefs chapitres, en relate les légendes traditionnelles et les histoires parfois bouleversantes, souvent originales ou drôles, en décrit les paysages (urbains, ruraux, montagnards, maritimes…), les monuments, les métiers, la gastronomie, les coutumes… Rien n’échappe aux yeux et aux oreilles tendrement attentifs de Richard Edwards, ni les joies, ni les tristesses, ni les colères, ni l’humour, ni la francophilie obstinée d’une nation et d’un peuple dont les talents, le coeur et l’intelligence surpassent les contradictions et les mensonges.

    Richard Edwards n’aime pas les guides touristiques, et il ne les utilise pas. Il va « de-ci de-là, à l’improviste » ; son itinéraire se construit au gré des circonstances et des occasions, comme ce fut le cas pour Panaït Istrati, sous l’égide duquel se place l’ouvrage (une citation du « Récit de Floarea Codrilor » au milieu de laquelle on peut relever cette phrase : « Il faut connaître le passé et le présent, pour savoir quoi désirer dans l’avenir. »). C’est ainsi, dans les pas du voyageur, que nous visitons presque toutes les régions (l’index des toponymes le prouve), que nous perçons certains de leurs secrets (pas tous, heureusement), que nous entrons dans l’intimité des lieux et des gens, que nous entendons les musiques, goûtons les saveurs, humons les senteurs… L’évocation du présent s’accompagne de plongées dans le passé, conformément aux recommandations d'Istrati (rappels des luttes, des rites, des périodes d’oppression, souvenirs d’Ovide, des Haïdouks « rebelles et fiers de l’être »…). La relation privilégiée de l’auteur avec la Roumanie et ses habitants lui permet de transcender les clichés, le folklore, les on-dit, et de donner une image à la fois réaliste et poétique, probante et séduisante d’un pays dont les mystères ne seront jamais totalement éclaircis. Cela vaut tous les guides. 

    Jean-Pierre Longre

    www.transboreal.fr

  • Un haut lieu de la culture

    Essai, francophone, Roumanie, Richard Edwards, Tomo Minoda, Matei Branea, éditions Non Lieu Jean-Pierre LongreRichard Edwards, Bucarest, 77, boulevard Dacia, photos de Tomo Minoda, dessins de Matei Branea, éditions Non Lieu, 2016

    En 1921, Henri Focillon et son homologue George Oprescu – tous deux grands théoriciens de l’art, éminents critiques, passionnés d’art populaire roumain, figures de référence dans les milieux culturels français et roumains – se rencontrent au musée des Beaux-Arts de Lyon à l’occasion d’un colloque sur l’« histoire de l’art populaire ». C’est à cet endroit et à ce moment que naît entre eux, outre une profonde amitié, l’idée de créer à Bucarest un lieu où se mêleront les cultures de leurs deux pays. Ainsi se forge le projet qui se concrétisera sous la forme de l’Institut français des hautes études en Roumanie, l’ancêtre de l’actuel Institut Français de Bucarest (qui s’installera dans ses murs définitifs, boulevard Dacia, en 1936).

    C’est l’histoire de ce haut lieu de la culture que retrace Richard Edwards dans un livre à la fois précisément documenté et très vivant. Illustrée de photos, de dessins et de plans, ponctuée par les portraits des personnages qui l’ont marquée, à quelque niveau de la hiérarchie que ce soit, parsemée d’anecdotes touchantes ou savoureuses, personnelles ou collectives, et d’énigmes captivantes (voyez le chapitre III, dont le titre mystérieux – « et si la septième marche du grand escalier n’avait pas existé » – donne lieu à une enquête poussée), de descriptions détaillées (bâtiments, mobilier, bibliothèque, salle de cinéma…), cette histoire se lit comme un roman, le roman d’une institution qui a connu toutes les vicissitudes du XXème siècle et qui a été partie prenante de la vie culturelle, politique, sociale, internationale de la Roumanie (et de ses relations avec la France). « Bousculé par l’histoire, le 77 du boulevard Dacia semble avoir tout vécu, le pire, le meilleur, le douloureux, l’inattendu, le grave, le frivole, l’éphémère comme le durable. Et ce qu’il est aujourd’hui n’est pas la somme de son “avant”, il est autre, et pourtant, il a été, il reste une espérance, une âme sensible, pétrie d’une nostalgie des temps passés. ».

    L’auteur l’écrit d’emblée : « Le bâtiment du 77 boulevard Dacia […] recèle une âme forte, de multiples vies, des péripéties parfois fort mouvementées, à l’image des événements qui alimentent l’histoire de la France et celle de la Roumanie. L’immeuble du 77, inséré dans l’espace urbain bucarestois, nous emmène dans l’histoire. C’est cela que je raconte. ». L’essentiel y est : l’Institut, véritable « fourmilière », est bien vivant, Richard Edwards nous en donne la preuve dans un récit plein de rebondissements, et en profite pour rappeler certains moments essentiels de la riche histoire des relations culturelles entre la Roumanie et la France. Il s’agit bien, comme l’annonce le sous-titre, d’« une histoire franco-roumaine ».

    Jean-Pierre Longre

    www.editionsnonlieu.fr

    www.institutfrancais.ro/category/bucarest

  • Entre poésie et psychanalyse

    Essai, poésie, francophone, Moldavie, Rainer Maria Rilke, Luminitza C. Tirgilas, L’Harmattan, Jean-Pierre LongreLuminitza C. Tigirlas, Rilke-Poème. Élancé dans l’asphère, L’Harmattan, 2017

    Le titre du livre l’annonce : il y est question de Rainer Maria Rilke, de l’élan de son écriture, de sa correspondance, et surtout de sa poésie, du « Dieu inexorable de la création », de « l’implication totale par le Verbe ». L’étude est approfondie, s’appuyant sur des références à toute épreuve : littéraires (Maurice Blanchot), philosophiques (Nietzsche, Heidegger), psychanalytiques (Lacan), poétiques (Hölderlin, Jaccottet)… Ce ne sont là que des exemples parmi d’autres ; entre un « Prologue » et « Une possible touche finale », on avance en suivant un cheminement qui permet de découvrir et d’explorer, dans la complexité de leur déroulement, les thèmes importants de l’œuvre de Rilke : la poésie bien sûr, qui ne va pas sans la musique, l’amour (et le désamour), la mort (qu’il faut apprendre à aimer en aimant la vie), le rêve, l’ange, la chute, le jour, la nuit…

    Une analyse exigeante, donc, dans la perspective psychanalytique, mais pas seulement : tout part de l’auteure elle-même, de sa Moldavie natale, de son « immersion » dès l’enfance, grâce à sa mère, dans la poésie de Rilke, et de l’expérience personnelle qu’elle en fait tout au long de sa vie, avec les questions qu’elle se pose, par exemple : « Suis-je finalement toujours la fillette étourdie autant par le sacre des roses de notre jardin en Moldova, que par la légende du Dieu-Poète ? » Que ce soit dans son pays d’origine ou dans le sud de la France, en Camargue notamment, le poète « légué par [sa] mère » l’accompagne fidèlement, la sollicite à tout instant. Rilke impose sa présence, son « travail de poète », sa sensibilité extrême, rendant sa pureté à la pesante parole humaine.

    Jean-Pierre Longre

    www.editions-harmattan.fr

    https://luminitzaclaudepierre.com

    Des poèmes de Luminitza C. Tigirlas: voir ICI

    Biographie de L. C. Tigirlas

    D’origine roumaine, née en Moldova orientale, annexée par la Russie, je fus prise dans l’histoire de son déracinement et de sa survie face à l’assimilation linguistique dans l’URSS. Française d’adoption depuis janvier 2000. Psychanalyste trilingue à Saint Priest (Rhône). Ma langue ravine sur des traces traumatiques — l’exil de l’idiome maternel roumain serti dans le cyrillique étranger.
    Après des études universitaires en lettres modernes à Chișinău, République de Moldova, j’ai été journaliste (1980-1999) en arts et littérature ; cofondatrice-rédactrice en chef de « Réverbérations », revue de psychanalyse (roumain-français). Auteur en roumain de poèmes, essais et recueils de nouvelles.
    Depuis 1996, je me suis formée en France. Titulaire d’un Doctorat soutenu en 2004 et d’un DESS (2001) en psychopathologie et psychologie clinique de Paris 7, je pratique la psychanalyse en français, mais aussi en roumain et en russe, les deux langues de mon enfance en Moldova.

  • « Continuer comme si de rien n’était »

    Essai, francophone, Cioran, Bernard Camboulives, éditions Nicole Vaillant, Jean-Pierre LongreBernard Camboulives, Un automne avec Cioran ou La sagesse de l’anxiété, Éditions Nicole Vaillant, 2016  

    Bernard Camboulives, qui porte un intérêt particulier à la Roumanie et à sa littérature (voir notamment Sur les pas des écrivains roumains), a rencontré Cioran. Rencontre littéraire, certes, mais encore intellectuelle et affective, par le truchement d’un point commun : « En gros, la dépression et son intelligence, sa compréhension » (d’où le sous-titre du livre). Et si l’œuvre de Cioran est prise dans sa globalité, ce sont surtout ses Cahiers qui forment le support de leur cheminement commun, parce qu’ils sont « en prise directe sur l’homme Cioran », et ainsi, peut-on dire, sur « l’homme Camboulives », qui n’hésite pas, en s’appuyant sur d’abondantes citations, à se dévoiler, avec ses propres angoisses, ses propres faiblesses, ses propres « épisodes dépressifs ».

    Livre personnel, donc, qui pourtant n’est pas une autobiographie formelle, mais plutôt une histoire d’amitié profonde entre l’auteur et Cioran, « une sorte d’ami par livre interposé, si j’ose dire, même s’il a pu mentir ou voulu faire croire par omission. ». Car Bernard Camboulives n’est pas dupe de l’ambiguïté des écrits de Cioran, de son humour (noir), qui met à distance le désespoir, le « cafard cosmique » et tout ce qui va avec – les questions sur soi, la maladie chronique de l’âme. Cioran comme thérapie ? En tout cas, il est « un antidote aux mensonges, à l’hypocrisie et aux manipulations en tous genres. ».

    Livre de réflexion sur soi, livre de réflexion littéraire aussi. D’emblée (ce qui est approprié avec Cioran), est mise en avant la langue française, qui a « apaisé » et, en quelque sorte, transformé l’écrivain roumain, qui a ainsi « engagé une nouvelle manière d’être et d’analyser son rapport au monde. ». Et l’on croise bien d’autres auteurs, mis eux aussi à contribution : Herman Melville, Enrique Vila-Matas, Céline, Fernando Pessoa et quelques autres « écrivains du refus ». Cités aussi, notamment dans les « fragments d’un journal d’automne » qui complètent cet Automne avec Cioran, Ghérasim Luca, Molière (Le Misanthrope, bien sûr)… Signalons encore deux analyses en annexe : celle des livres de Sanda Stolojan Au balcon de l’exil roumain et La Roumanie revisitée, et celle de Cioran, Eliade, Ionesco : l’oubli du fascisme d’Alexandra Laignel-Lavastine.

    « L’écriture est rivée en moi comme le poumon est fixé dans ma carcasse. ». Bel aveu, qui éclaire bien des choses. Cet itinéraire parallèle Cioran-Camboulives fait sentir, avant tout, les bienfaits de l’écriture, celle qui, finalement, permet de surmonter l’angoisse et la dépression, et de « continuer comme si de rien n’était ».

    Jean-Pierre Longre

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