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essai

  • Une musicienne trop méconnue

    Essai, musique, histoire, francophone, Roumanie, André Paléologue, Cécile Lauru, Les cahiers de la société historique et archéologique des VIIIe et XVIIe arrondissements, Jean-Pierre LongreAndré Paléologue, Cécile Lauru. Le destin d’une compositrice française, de Nantes aux Carpates, Les cahiers de la société historique et archéologique des VIIIe et XVIIe arrondissements, numéro spécial, 2021

    Née à Nantes en 1881, Cécile Lauru connut une destinée hors du commun. Très tôt intéressée par la musique grâce à sa mère, qui lui fit d’abord apprendre le violoncelle, admise entre autres aux cours d’harmonie de Charles Tournemire, elle surmonta les obstacles qui, à son époque, barraient aux femmes la carrière de compositrice (voir par exemple les désaccords horrifiés de Gabriel Fauré, et même les sarcasmes de Maurice Ravel…). Ayant fréquenté par hasard les milieux franco-allemands, elle passa dix ans comme enseignante et éducatrice de la Princesse Impériale à la cour de Guillaume II, où elle ne manqua pas de pratiquer la musique, composant notamment des lieds sur des poèmes de la princesse Féodora, publiant et faisant jouer plusieurs de ses compositions. Jeune femme toujours active, elle fonda et dirigea un « foyer » français à Berlin, jusqu’à la guerre de 1914 qui l’obligea à « plier bagage ».

    Essai, musique, histoire, francophone, Roumanie, André Paléologue, Cécile Lauru, Les cahiers de la société historique et archéologique des VIIIe et XVIIe arrondissements, Jean-Pierre LongreMais la rencontre de Vasile Georgescu Paleolog, le coup de foudre réciproque et le mariage changèrent l’orientation de sa vie. Son mari roumain, homme d’affaires, critique d’art, essayiste, était un ami de Constantin Brancuşi, spécialiste de son œuvre, et Cécile put ainsi fréquenter l’avant-garde de l’époque, artistes, hommes de lettres, musiciens, en particulier Erik Satie et le « groupe d’Arcueil ». « En 1921, selon les critères de l’époque, Cécile Lauru Paleolog était une femme comblée : mariée à un homme d’affaires de « bonne condition », mère de trois garçons en pleine forme, douée d’un potentiel créatif reconnu et admiré de son entourage… ». Elle suit son mari dans ses voyages professionnels, puis la famille part s’installer en Roumanie. Dépaysement total pour Cécile, qui va trouver une activité d’ethnomusicologue et continuer à créer, nourrissant ses compositions du « chant de l’Église orthodoxe » et du « folklore musical villageois », et qui durant cette période va composer, « dans un parfait esprit de liberté et de création », ses plus grandes œuvres. Puis c’est à nouveau Berlin pour l’éducation de ses enfants (1930-1940), l’expulsion par le régime nazi, le retour en Roumaine (Bucarest), avec « la musique comme dernier refuge » face aux brimades du régime totalitaire, la possibilité de revenir en France où elle meurt accidentellement en 1959.

    Essai, musique, histoire, francophone, Roumanie, André Paléologue, Cécile Lauru, Les cahiers de la société historique et archéologique des VIIIe et XVIIe arrondissements, Jean-Pierre LongreAndré Paléologue, historien, petit-fils de Cécile Lauru, était bien placé pour écrire l’histoire de cette musicienne trop méconnue, qui mérite amplement une réhabilitation, elle qui a tenté une « synthèse sonore européenne ». Son ouvrage, fortement documenté, illustré de photos probantes, raconte certes en détail la vie particulièrement remplie de sa grand-mère (qui soit dit en passant avait un caractère bien trempé), en s’appuyant en partie sur les 586 pages manuscrites de ses Souvenirs. Mais il va au-delà : il révèle tout un pan de la musique européenne du XXe siècle, sans se priver de faire quelques apartés, par exemple sur le piano qui a suivi la musicienne dans toutes ses pérégrinations, ni de poser quelques questions ou d’émettre quelques réflexions, par exemple sur la correspondance des arts (musique, littérature, peinture, sculpture…), ou sur le fait de savoir si l’on peut « circonscrire l’espace d’une musique spécifiquement roumaine » (question qui taraudait V. G. Paleolog), ou encore si l’on peut créer, comme le tenta Georges Enesco, une « musique moderne et nationale. » Ainsi, ces pages suscitent l’intérêt à plusieurs titres (biographique, musicologique, historique, critique), et mettent en lumière non seulement l’existence d’une grande figure artistique, mais beaucoup de questions relatives à la vie culturelle européenne.

    Jean-Pierre Longre

    http://sha8-17.e-monsite.com

    http://www.cdi-garches.com/evenement/cecile-lauru-la-vie-romanesque-et-la-carriere-dune-compositrice-francaise-a-lest-de-leurope

    https://www.youtube.com/watch?v=ka6rdA9xE2s  

  • Quelques parutions récentes

    Essai, Théâtre, Roman, Roumanie, Norman Manea, Nicolas Véron, Odile Serre, Olivier Guez, Nicoleta Esinencu, Nicolas Cavaillès, Oana Lohan, Florina Ilis, Marily Le Nir, Mircea Cărtărescu, Laure Hinckel, Points, L’Arche, Les éditions du chemin de fer, Éditions des Syrtes, Le Matricule des anges.Norman Manea, Le retour du hooligan, traduit du roumain par Nicolas Véron et Odile Serre, préface d’Olivier Guez, Points, 2021

    "Qu'est-ce qu'un hooligan ? Un déraciné, un non-aligné, un marginal ? Un exilé ?"

    « L’exil a duré dix ans. Norman Manea revient dans sa Roumanie natale où le communisme s'est effondré, mais où rien n'a vraiment changé. Entre réalité et fiction, le souvenir affleure : sa mère est morte, le communisme s’est effondré et les fantômes du passé voilent son regard. Reste la douleur lancinante d’avoir fui sa patrie véritable : sa langue maternelle.

    Né en 1936 à Bucovine, Norman Manea s'est exilé aux États-Unis en 1987. Auteur d'une dizaine de romans, il est l'écrivain roumain contemporain le plus traduit. Le Retour du hooligan a reçu le prix Médicis étranger 2006. »

     

    Essai, Théâtre, Roman, Roumanie, Norman Manea, Nicolas Véron, Odile Serre, Olivier Guez, Nicoleta Esinencu, Nicolas Cavaillès, Oana Lohan, Florina Ilis, Marily Le Nir, Mircea Cărtărescu, Laure Hinckel, Points, L’Arche, Les éditions du chemin de fer, Éditions des Syrtes, Le Matricule des anges.Nicoleta Esinencu, L'Évangile selon Marie – Trilogie, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, L’Arche, 2021

    « Au commencement était le Verbe

    Et l’homme accapara le Verbe...

    Et l’homme dit à la femme de se taire. »

    « L’Évangile selon MarieL’Apocalypse selon Lilith et L’Arche de Noréa célèbrent la parole de la Femme, libérée des violences subies au sein des sociétés patriarcales. Une nouvelle Bible s’écrit au travers de trois dissidentes : Marie Madeleine, Lilith et Noréa. Animée d’un souffle poétique libérateur, cette trilogie mêle souvenirs d’enfance, détournement de prières traditionnelles, et récits de femmes de différentes générations, classes et cultures. Dans cette nouvelle liturgie, Nicoleta Esinencu abat les piliers des civilisations occidentales essoufflées, en faveur d’une reconstruction du monde au féminin.

    Ce recueil est composé des textes suivants :

    • L'Évangile selon Marie (Evanghelia după Maria, traduction Nicolas Cavaillès)
    • L'Apocalypse selon Lilith (Apocalipsa după Lilith, traduction Nicolas Cavaillès)
    • L'Arche de Noréa (Arca Noreei, traduction Nicolas Cavaillès). »

     

     

    Essai, Théâtre, Roman, Roumanie, Norman Manea, Nicolas Véron, Odile Serre, Olivier Guez, Nicoleta Esinencu, Nicolas Cavaillès, Oana Lohan, Florina Ilis, Marily Le Nir, Mircea Cărtărescu, Laure Hinckel, Points, L’Arche, Les éditions du chemin de fer, Éditions des Syrtes, Le Matricule des anges.Oana Lohan, Mars violet, Les éditions du chemin de fer, 2021

    “Se barrer à vingt ans d’un pays qui sort d’une dictature atroce et ouvre ses frontières, rien d’étonnant là-dedans. Franchement ça a été la première chose réellement bandante qu’elle ait faite depuis sa naissance. Ou presque.”

    « Mars Violet est un roman total, un roman monstre. Oana Lohan, met tout ce qui fait sa vie, son éducation, la révolution, les blessures et les deuils, la fuite, l’exil ou le retour, les amours et les errances dans ce texte furieusement intime et complètement rock.

    Le pivot du livre, c’est une nuit de décembre 89 aujourd’hui entrée dans l’histoire, le soir où les Ceausescu vont tomber, le jour où la Roumanie communiste va finir, pour entrer tout à trac dans le magma du capitalisme sauvage. Mais cette Histoire avec un H majuscule a une tout autre saveur quand elle est vécue au ras des événements, quand elle est racontée à chaud par une jeune fille un peu bizarre et son groupe d’amis, partis à la recherche d’un des leurs disparu, eux-mêmes égarés dans les circonvolutions d’une nuit de révolution qui mêle la panique à l’exaltation, l’incompréhension à l’inquiétude.

    Oana Lohan tisse une toile narrative complexe où se croisent des souvenirs d’enfance, ceux de la Roumanie communiste dans laquelle elle a grandi, des souvenirs plus intimes ou formateurs, ceux de l’Europe postcommuniste où elle a poursuivi sa voie et sa soif d’expérience de la fin des années 80 à nos jours. On y croise une foule de personnages décrits en touches de couleurs vives qui dresse, au-delà du portrait autobiographique, le portrait intime et déjanté d’un pays aujourd’hui disparu, la Roumanie d’avant 89.

    Ce roman est un alcool fort que l’on déguste en gorgées avides »

     

    Essai, Théâtre, Roman, Roumanie, Norman Manea, Nicolas Véron, Odile Serre, Olivier Guez, Nicoleta Esinencu, Nicolas Cavaillès, Oana Lohan, Florina Ilis, Marily Le Nir, Mircea Cărtărescu, Laure Hinckel, Points, L’Arche, Les éditions du chemin de fer, Éditions des Syrtes, Le Matricule des anges.Florina Ilis, Le livre des nombres, traduit du roumain par Marily Le Nir, Éditions des Syrtes, 2021

    « Le Livre des nombres est un roman monumental, à la fois fresque historique, saga familiale et monographie d’un village d’Europe centrale. Il embrasse un siècle de l’histoire mouvementée de la Transylvanie, ballottée entre l’Empire austro-hongrois, la Hongrie puis la Roumanie, tragiquement secouée par l’instauration du régime communiste.

    Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Il s’y emploie en interrogeant ses proches, en feuilletant des albums de photographies, en fouillant dans les archives de la police secrète, en lisant des Mémoires ou en écoutant des bandes magnétiques ; mais aussi en faisant appel à son imaginaire capable de toutes les transgressions. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. Grâce à une construction littéraire magistrale, les disparus se racontent autant que les survivants ou leurs descendants. Et leur parole recompose la mémoire collective et un arbre généalogique séculaire, bien ancré dans la terre, dont les branches déploient des noms que l’Histoire n’a pas retenus.

    Née en 1968, Florina Ilis est sans doute l’écrivaine la plus douée de sa génération et l’une des grandes plumes de littérature roumaine contemporaine. Elle débute en 2000 avec un recueil de haïkus, mélange de poésie et de calligraphie.
    En 2010 paraît en français La Croisade des enfants et en 2015, Les Vies parallèles.
    Outre le prix Courrier international du meilleur roman étranger 2010 pour La Croisade des enfants, elle est lauréate de nombreux prix littéraires roumains et internationaux. »

     

    Le Matricule des anges (« le mensuel de la littérature contemporaine ») n° 223, mai 2021, contient plusieurs articles sur des livres roumains ou franco-roumains : L'Évangile selon Marie de Nicoleta Esinencu, Mars violet d’Oana Lohan, Le livre des nombres de Florina Ilis, Solénoïde de Mircea Cărtărescu, traduit par Laure Hinckel, réédité chez Points (http://jplongre.hautetfort.com/archive/2019/12/12/tout-est-reel-toujours-6197393.html#more).

  • Si grande Roumanie…

    Essai, illustrations, francophone, Roumanie, Christine Colonna-Cesari, éditions Piatnitsa, Jean-Pierre LongreChristine Colonna-Cesari, Ils sont fous ces Roumains !, L’eldorado roumain,  éditions Piatnitsa, 2021

    Ceux qui connaissent un tant soit peu la Roumanie voudraient balayer tous les clichés négatifs que l’ignorance médiatique répand en France sur le pays et ses habitants, et ils le font tant bien que mal. Christine Colonna-Cesari, qui s’est installée à Bucarest parce qu’elle y trouve « une société à dimension humaine », « une énergie particulière, un sentiment de tolérance et de sécurité », un rare sens de l’accueil, une sympathie hors pair et une belle « qualité de vie », s’est employée à réhabiliter les Roumains en décrivant leur pays sous l’angle de la grandeur. C’est un fait qu’ils en ont un « sens inné », synthétisé par l’expression « Mare de tot ».

    C’est ainsi qu’en de brefs chapitres dûment renseignés, magnifiquement illustrés, clairement rédigés à partir de rencontres et de visites fructueuses, elle décline ce qu’il y a de plus grand, beau, original dans un pays qui regorge de sites, de monuments, d’objets, de personnalités hors du commun. Il y a les lieux notoires, comme le « Cimetière joyeux » de Săpânța, les sculptures de Constantin Brâncuşi à Târgu-Jiu, le gigantesque Palais du Parlement à Bucarest, les anciennes mines d’or de Roşia Montană (remises récemment en mémoire à cause des visées prédatrices de multinationales), les musées ethnographiques en plein air tels que le Musée du Village de Bucarest ou ceux de Cluj et de Sibiu, le marché d’Obor… Il y a aussi l’art et l’artisanat : la fameuse blouse roumaine, ou « la grande coupole vitrail de Râmnicu Vâlcea », peinte à la main. Mais Christine Colonna-Cesari nous fait aussi découvrir ou redécouvrir « le plus grand orgue d’Europe de l’Est » construit en 1839 pour l’église Noire de Braşov, ou « la vallée des Fées », lieu de rêve pour les enfants créé par Răzvan Vasile, et beaucoup d’autres choses. Des personnages aussi, tels Mircea Tudor avec « ses scanners de transport uniques au monde », Mariana Mihuţ avec ses peintures naïves ou Verginia Vedinas, juriste de grande envergure…

    On ne peut évidemment pas rendre compte de tous les sujets de grandeur abordés dans ce luxueux et luxuriant volume, qui ne prétend pas non plus tout recenser. L’autrice a beau écrire que ce n’est ni « un livre d’histoire » ni un « guide touristique », nous avons là un panorama écrit et visuel d’une grande originalité et d’un bel esthétisme, qui revêt des dimensions géographiques et historiques. Avis donc aux visiteurs : suivez les recommandations faites ici, parcourez le pays avec ce livre en main, véritable hymne à une Roumanie que vous ne vous lasserez pas d’arpenter.

    Jean-Pierre Longre

    http://www.editionspiatnitsa.com  

    « Voici la Roumanie sous un jour nouveau. Voici comment les Roumains n'ont pas peur, d'être Mare de tot ! les plus grands, les plus forts.
    Découvrez les records, les talents, la gentillesse, le sens de la grandeur, de l'accueil et de l'innovation, chez le plus joli peuple d'Europe, qui ne craint pas de bâtir toujours plus haut.
    La Roumanie c'est le plus grand laser du monde, la plus haute église en bois du monde et la plus haute cathédrale orthodoxe du monde, les Thermes écologiques les plus grandes du monde, la terre la plus fertile du monde, la plus grande réserve d'or d'Europe, les plus belles blouses brodées main du monde. »

    224 pages, 188 photos, 31 reportages

  • Parutions récentes

    Essai, Histoire, roman, francophone, Roumanie, Gabriel Leanca, L’Harmattan, Sylvain Audet-Gainar, Micmac à Bucarest, Ex AequoL’entrée de la Roumanie dans la grande guerre. Documents diplomatiques français (28 juillet - 29 décembre 1914) réunis, présentés et commentés par Gabriel Leanca, éditions L’Harmattan, 2020

    "La politique du Quai d'Orsay à l'égard de l'Europe du Sud-Est dans les six premiers mois de la Grande Guerre est simple : celle-ci vise à amener les petits États de cette région à se solidariser avec l'Entente. Le cas de la Roumanie témoigne d'une situation complexe, devant laquelle se sont trouvés les diplomates français. Du côté de la Bulgarie plane également l'incertitude à l'égard de la guerre. La diplomatie française comprend qu'elle doit s'entremettre entre la Russie et la Roumanie pour faciliter le dialogue entre les deux voisins et proposer une stratégie cohérente de l'Entente pour les Balkans. L'entrée en guerre de la Roumanie est la suite des initiatives franco-russes qui ont débuté précisément en 1914."

    https://www.editions-harmattan.fr

     

     

    Essai, Histoire, roman, francophone, Roumanie, Gabriel Leanca, L’Harmattan, Sylvain Audet-Gainar, Micmac à Bucarest, Ex AequoSylvain Audet-Gainar, Micmac à Bucarest, éditions Ex Aequo, 2020 

    "Arthur Weber, futur papa, se retrouve malgré lui impliqué dans des affaires d'assassinats... ses origines mystérieuses auraient-elles un lien avec ces crimes ?

    Octobre 2018.
    Né en Roumanie de père inconnu pendant le communisme, Arthur qui a passé toute sa vie en France habite depuis deux ans à Bucarest où il file le parfait amour avec Iulia.
    Alors que le jeune homme se prépare, non sans quelque difficulté, à devenir père, il connaît toute une série de déboires. Accusé tout d’abord d’avoir commis plusieurs assassinats, il peine à prouver son innocence tandis que la découverte d’une curieuse note rédigée par sa mère quelques mois après sa naissance l’oblige à se confronter au mystère de ses origines.
    Qui était son géniteur ? Qui est celle ou celui qui cherche à lui faire porter le chapeau de tous ces crimes ? Ces deux affaires-là ont-elles un lien entre elles ?
    Dans tous les cas, cette double enquête, dont Arthur se serait bien passé, le contraint à se plonger dans une des périodes les plus troubles de l’histoire de sa mère mais également de la Roumanie, à avancer à tâtons dans un labyrinthe aux impasses et aux embûches innombrables et surtout, à devoir faire équipe avec une bande de détectives amateurs particulièrement loufoques.

    Faisant suite aux aventures d’Arthur Weber dans Du Rififi à Bucarest, ce roman propose au lecteur de poursuivre la découverte de la Roumanie sous des angles inédits, son histoire trouble et mouvementée, sa culture foisonnante mais également sa capacité stupéfiante à la résilience et son sens irrépressible de l’humour.

    À PROPOS DE L'AUTEUR

    Sylvain Audet-Găinar est né en 1980 et a fait des études de Lettres à Lyon, à Strasbourg et à Bucarest. Fasciné par la Roumanie, il y a vécu et enseigné le français pendant de longues années. Après avoir traduit plusieurs polars roumains, il a fini par se lancer dans l’écriture de ses propres romans. Son premier ouvrage a paru en 2020 sous le titre Du Rififi à Bucarest."

    https://editions-exaequo.fr

  • Une immigration fertile

    Essai, Histoire, francophone, Roumanie, Moldavie, Bruno Teissier, BiblioMonde Éditions, Jean-Pierre LongreBruno Teissier, Ces Roumains qui font la France. Deux siècles d’immigration en provenance de Roumanie et de Moldavie, BiblioMonde Éditions, 2020

    La France moderne s’est constituée, au fil des siècles et des années et pour une part importante, grâce à des immigrés de différentes origines, de différentes classes, qui ont enrichi de leur savoir-faire, de leur mentalité, de leur sens artistique, de leur histoire familiale et sociale le patrimoine national. C’est l’idée qui sous-tend la collection « Le puzzle français », dont Ces Roumains qui font la France est le second volume, après un premier consacré aux Allemands.

    Certes, l’immigration roumaine et moldave, qui comme l’écrit l’auteur « n’est pas significative avant le milieu du XIXe siècle », n’est pas la plus nombreuse. Mais « les Français d’origine roumaine sont d’une grande diversité sociale, culturelle, linguistique, religieuse, politique… », et cette diversité, dont l’une des dominantes est la francophonie, est d’un apport décisif. Le grand public connaît bien sûr quelques noms fameux, ceux de Tzara, Brancuşi, Cioran, Ionesco, voire celui de l’actuelle ministre des sports, Roxana Maracineanu. L’un des mérites de ce livre est de replacer ces noms (et les autres) dans une perspective historique, chaque chapitre étant inauguré par une page précisant le contexte général, à commencer par les liens politiques, universitaires et culturels privilégiés tissés dès le XIXe siècle entre les deux (ou trois) pays. Un autre mérite est d’entrer dans les détails, révélant l’origine roumaine ou moldave de telle ou telle personnalité connue, ou réhabilitant telle ou telle personnalité méconnue. On n’établira pas ici de liste exhaustive, mais il est question par exemple des origines de Gérard Philippe, de Marin Karmitz, de Vladimir Cosma, question aussi des artistes de toutes disciplines (Grigorescu, Enesco, Panaït Istrati, Paul Celan), d’écrivains contemporains tels Ghérasim Luca, Dumitru Tsepeneag, Matéi Visniec, Liliana Lazar, d’hommes politiques comme Robert Badinter, Serge Moscovici, Jean-François Copé, mais aussi de Bernard Natan, qui a joué un rôle majeur dans la société cinématographique Pathé, des nombreux militants qui ont participé à la Résistance, telle Olga Bancic, seule femme du groupe Manouchian, de bien d’autres encore, dont on peut faire ou approfondir la connaissance au hasard des pages, ou en se reportant aux index.

    L’abondance des noms aurait pu rendre la lecture de l’ensemble fastidieuse. Ce n’est pas le cas, car les chapitres, parsemés d’illustrations, sont bâtis comme des récits à caractère historique ou biographique, chacun d’entre eux étant consacré à un thème ou à une appartenance (les aristocrates, les Juifs, les Tsiganes, les options politiques, les artistes etc.) et mettant en relief les personnalités les plus intéressantes. Il n’est évidemment pas question, en un peu plus de cent pages, d’épuiser le sujet (certaines figures peuvent souffrir de schématisations ou de partis-pris purement historiques), et on pourrait ajouter quelques noms à une liste déjà longue. Mais libre aux lecteurs, après cela, de s’intéresser de plus près à l’un des sujets abordés ou à l’un des personnages évoqués. Et de retenir l’idée que la diaspora roumaine et moldave a grandement participé à la construction de notre pays, et continue à le faire. 

    Jean-Pierre Longre

    www.bibliomonde.fr  

  • Queneau et Cioran

    essai, littérature, francophone, anglophone, Raymond Queneau, Cioran, jean-pierre longre, black herald pressJean-Pierre Longre, Richesses de l'incertitude. Queneau et Cioran / The Riches of Uncertainty. Queneau and Cioran. Bilingual book - ouvrage bilingue, translated from the French by Rosemary Lloyd. Black Herald Press, 2020.

    Voir: article de Mircea Anghelescu:

    J.P.Longre.jpg(Observator Cultural)

    Article de Dominique et Daniel Ilea: 

    https://revue-traversees.com/2020/06/20/deux-ecrivains-a-la-loupe

    https://www.litero-mania.com/deux-ecrivains-a-la-loupe/

     

    Bizarre. Lorsque je lis Cioran, je pense souvent à Queneau, et lorsque je lis Queneau, je pense parfois à Cioran. Il s’agit peut-être là d’un phénomène tout simple : pour un familier de Queneau, le risque est de laisser son esprit en être occupé même lorsqu’il lit d’autres auteurs ; pour un familier aussi de la littérature d’origine roumaine, préoccupé entre autres par Cioran, le risque est de laisser à celui-ci le champ un peu trop libre dans des lectures diverses, notamment queniennes… Bref, il me fallait tenter d’élucider la question pour mieux m’en débarrasser, en naviguant entre Exercices de style et Exercices d’admiration.

    How strange. Reading Cioran often puts me in mind of Queneau, and reading Queneau sometimes puts me in mind of Cioran. Perhaps this is really quite a simple phenomenon: for anyone who is familiar with Queneau, there is a risk of letting your mind be taken over by him even when you read other authors, and for anyone familiar with literature from Romania, and preoccupied with such writers as Cioran, the risk is that you will give him too much leeway in your various readings, especially the works of Queneau… In a word, I felt I needed to clarify the question the better to clear my mind of it, as I navigated between Exercises in Style and Exercises in Admiration.

    www.blackheraldpress.com

    https://www.blackheraldpress.com/boutique-shop

     

  • Un monstre angélique

    Roman, essai, Roumanie, Matei Calinescu, Nicolas Cavaillès, Thomas Pavel, Scari Kaiser, Circé, Jean-Pierre LongreMatei Calinescu, La Vie et les opinions de Zacharias Lichter, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, préface de Thomas Pavel traduite de l’anglais par Scari Kaiser, Circé, 2020

    Universitaire, critique et essayiste de renom, Matei Calinescu (1934-2009) a publié un seul roman en 1969, La Vie et les opinions de Zacharias Lichter. Un roman ? Certes, l’auteur manie à merveille l’art du récit, relatant avec maints détails alertes tel épisode de la jeunesse de son héros en voyage à la mer, ou telle relation de voisinage avec une vieille femme mourante ; à merveille aussi, l’art du portrait pittoresque : ceux par exemple du « seul ami essentiel de Zacharias Lichter », Leopold Nacht (les deux font la paire, lumière et nuit), du mathématicien W. « l’œil pétillant, gorgé d’une effervescence destinée, semble-t-il, à accroître la mobilité en tout cas extraordinaire de toute sa physionomie », et bien sûr celui de Zacharias lui-même, qui inaugure le roman, et qui plante un personnage à « l’aspect misérable de mendiant en haillons », au « comportement insolite », « mélange énigmatique d’angélique et de monstrueux », parlant « comme un torrent »…

    Mais voilà un roman qui, plus qu’il ne narre des anecdotes, manie en brefs chapitres les concepts de toutes sortes : la bêtise, l’imagination, la pauvreté, la richesse, l’enfance, la vieillesse, la maladie, la mort, l’innocence, la culpabilité, l’amour, l’amitié, le masque, le mensonge, le courage, la timidité etc. Rien de banal dans ce catalogue d’idées, bien au contraire. Pour Zacharias Lichter, qui tient de Job et de Diogène et qui revendique « sa condition de clown ironique », « tous les hommes sont des clowns […] mais peu d’entre eux ont la révélation métaphysique de cette condition. Parmi les clowns lucides, il en est peu qui aient la vocation spirituelle de la folie ». Notre héros manie avec une remarquable dextérité l’art du paradoxe (car « l’acte de connaissance authentique s’achève toujours dans le paradoxe et dans le mystère », et « l’homme pressé […] fait du sur place »), et même de l’oxymore : l’un des poèmes qui ponctuent le texte (un poème d’ailleurs ramassé dans une poubelle par le biographe de Zacharias) est fondé sur cette figure : « Si distante la proximité / si claire l’obscurité / si simples les méandres / divine grandeur du petit / divine petitesse du grand… ».

    Notre « fou sacré », notre monstre angélique d’ironie, qui dénonce à l’envi le « vampirisme de la lucidité », le narcissisme des mathématiques, « la dialectique de la suavisation », le mensonge du langage ou l’erreur du suicide, et qui souligne le rôle primordial de l’interrogation sans réponse, est aussi bien moraliste que poète. Le recours à l’absurde (comparable à celui d’Urmuz, de Ionesco ou de Beckett) se double d’un talent poétique à la Lautréamont. Mais ce ne sont que des comparaisons, et la parodie n’est pas loin. La pureté de la révolte, la flamme de la folie passant par « l’abîme de la perplexité », voilà ce que nous enseigne avec originalité  Zacharias Lichter, via l’écriture romanesque de Matei Calinescu.

    Jean-Pierre Longre

    www.editions-circe.fr

  • Quelques parutions récentes

    roman, essai, poésie, Roumanie, Ioan Popa, Marius Popa, Rodica Draghincescu, Grégory Rateau, éditions Non Lieu, Honoré Champion, éditions Caractères, L’Harmattan, PoliromIoan Popa : Terre du salut, Non Lieu, 2019

    « La Terre du salut, c’est sans doute ce coin de campagne roumaine, à une centaine de km de Bucarest, la commune rurale de Dârmănești où les terres furent collectivisés quand les communistes prirent le pouvoir. Là vit la famille Zemlan : à travers les souvenirs du père, Dimitriu, nous remontons dans le passé de la Roumanie, la Seconde Guerre mondiale, la fin de la royauté, la mise en place du régime communiste. Au présent nous vivons le quotidien des fermes socialistes, la dureté du travail, les relations souvent chaleureuses entre les villageois. Avec le fils, Alexandru, nous quittons la campagne pour le monde de l’industrie, les usines automobiles Dacia, puis pour l’armée, l’école de formation des officiers de chars de combat et la caserne : le jeune homme découvre toutes les failles de la société socialiste.

    Grande fresque historique, qui fait la part belle aux sentiments des hommes, aux amours passionnés d’Alexandru et de la belle Ecaterina, qui met en scène une multitude de personnages souvent hauts en couleurs, Terre du Salut raconte un monde qui avait ses grandeurs et ses faiblesses, qui se délite peu à peu et qui s’achève avec la chute de Ceauşescu. »

    www.editionsnonlieu.fr

     

    roman, essai, poésie, Roumanie, Ioan Popa, Marius Popa, Rodica Draghincescu, Grégory Rateau, éditions Non Lieu, Honoré Champion, éditions Caractères, L’Harmattan, PoliromMarius Popa, Présence du classicisme français dans la critique littéraire roumaine. De la révolution de1821 à la fin du communisme. Honoré Champion, 2020

    « Cet ouvrage répertorie, analyse et interprète les références au classicisme français et le rôle qu’il a joué dans la critique littéraire roumaine, depuis la Révolution de Tudor Vladimirescu (1821) jusqu’à la chute du régime communiste (1989). Après avoir replacé la réception du modèle dans le cadre de l’histoire de la Roumanie et de ses relations politiques et intellectuelles avec la France, notamment par une étude de la traduction des classiques français en langue roumaine, suivie d’une analyse généalogique et esthétique du concept de « classicisme français », le volume restitue, dans le contexte de chaque grande époque de la modernité roumaine, puis, pour chacune de ces périodes, à travers l’étude plus spécifique de quelques écrivains et critiques choisis comme les plus représentatifs en cette matière, la persistance et le renouvellement de l’image du classicisme français, lui-même fréquemment perçu et analysé comme l’expression nationale d’un classicisme « universel ». Le cheminement chronologique permet de dégager les trois usages majeurs que la critique roumaine a faits de la référence à cette catégorie esthétique et historique : celui de modèle pour une création littéraire qui se cherchait, celui de critère pour son évaluation et celui d’enjeu dans le cadre des débats suscités par les courants nouveaux qui auront animé la vie littéraire roumaine depuis son émergence jusqu’à la presque fin du XXe siècle. »

    https://www.honorechampion.com

     

    roman, essai, poésie, Roumanie, Ioan Popa, Marius Popa, Rodica Draghincescu, Grégory Rateau, éditions Non Lieu, Honoré Champion, éditions Caractères, L’Harmattan, PoliromRodica Draghincescu, L’adversaire de soie et de cendres, éditions Caractères, 2019.

    « Dans ces poèmes, l'auteure, enfant des campagnes roumaines, se penche sur son parcours et sa vie. » 

    www.editions-caracteres.fr

     

     

    roman, essai, poésie, Roumanie, Ioan Popa, Marius Popa, Rodica Draghincescu, Grégory Rateau, éditions Non Lieu, Honoré Champion, éditions Caractères, L’Harmattan, PoliromGrégory Rateau, Hors-piste en Roumanie, « Récit du promeneur », L’Harmattan, 2016. Traduction roumaine : Hoinar prin România. Jurnalul unui călător francez, Polirom, 2020.

    « De la Roumanie, on ne connaît au fond que le folklore et le mythe du vampire de Transylvanie. Ignoré, quand il n’est pas méprisé, ce pays, intégré dans l’Union européenne depuis 2007, fait l’objet de beaucoup d’a priori. Partant de ce constat, l’auteur, cinéaste de formation, a voulu ‘ en faire une idée neuve. De Bucarest, la capitale, à la campagne reculée, des forêts des Carpates aux plages qui bordent le Danube, l’auteur s’en est allé à la rencontre du hors-piste. »

    www.editions-harmattan.fr

    roman, essai, poésie, Roumanie, Ioan Popa, Marius Popa, Rodica Draghincescu, Grégory Rateau, éditions Non Lieu, Honoré Champion, éditions Caractères, L’Harmattan, Polirom

    www.polirom.ro

  • « Il n’est de solution à rien »

    Essai, Roumanie, Cioran, Divagations, Nicolas Cavaillès, Arcades Gallimard, Jean-Pierre LongreCioran, Divagations, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, Arcades Gallimard, 2019

    Débusqué à Paris (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet), cet ensemble d’écrits, qui « date vraisemblablement de 1945 », selon Nicolas Cavaillès, est l’une des dernières œuvres rédigées par Cioran dans sa langue maternelle, avec d’autres « Divagations », publiées en 1949, ainsi que Fenêtre sur le Rien (voir ci-dessous). Ensuite, ce sera Précis de décomposition puis les autres grands textes écrits en français et publiés dans les Œuvres (Gallimard /Pléiade).

    Cioran est adepte du fragment, et ce volume resté à l’état de brouillon lui permet, en pratiquant la brièveté, de s’exprimer en toute liberté, quitte à se contredire parfois – mais le paradoxe est l’une de ses figures favorites (voir : « Entre une affirmation et une négation, il n’y a qu’une différence d’honorabilité. Sur le plan logique comme sur le plan affectif, elles sont interchangeables. »). La brièveté va de pair avec le sens aigu de la formule tendant vers la perfection : « Les pensées devraient avoir la perfection impassible des eaux mortes ou la concision fatale de la foudre. » ; et quoi qu’il en soit, « il n’est de solution à rien ». Ce qui n’empêche pas qu’on surprenne ce sceptique absolu à explorer le versant poétique (bien que sombre) du monde en prenant part « aux funérailles indéfinies de la lumière » et à « la cérémonie finale du soleil », ou en découvrant « un sonnet indéchiffrable » dans « l’harmonie de l’univers ».

    Bref (c’est le cas de l’écrire), les grands thèmes de la philosophie et de la morale cioraniennes se succèdent en ordre aléatoire au fil des pages : la vie (qui n’a « aucun sens », mais « nous vivons comme si elle en avait un »), la mort, Dieu (qui reste à « réaliser »), la révolte (« vaine », mais « la rébellion est un signe de vitalité »), la douleur, la solitude, la tristesse (engendrée notamment par « la pourriture secrète des organes »), cette tristesse inséparable du « dor » roumain, langueur, nostalgie, « ennui profond » de l’inoccupation – tout cela, que l’on pourrait énumérer en maintes citations, est à peine, parfois, adouci par l’idée d’un sursis : celui, par exemple, de l’amour, « notre suprême effort pour ne pas franchir le seuil de l’inanité », ou de la musique, capable de « nous consoler d’une terre impossible et d’un ciel désert », « la musique – mensonge sublime de toutes les impossibilités de vivre ».

    Gardons donc l’espoir – en particulier celui de continuer à lire Cioran : il a beau être « en proie au vieux démon philosophique », gardons-le précieusement, brouillon ou pas, inachèvement ou non, roumain ou français, comme un inimitable écrivain.

    Jean-Pierre Longre

     

    Essai, Roumanie, Cioran, Divagations, Nicolas Cavaillès, Arcades Gallimard, Jean-Pierre LongreSimultanément, paraît chez le même éditeur un autre ouvrage de Cioran :

    Fenêtre sur le rien, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, Gallimard Arcades, 2019

    Présentation de l’éditeur :

    Avec Divagations, ce recueil exceptionnel constitue la dernière œuvre de Cioran écrite en roumain. Vaste ensemble de fragments probablement composés entre 1941 et 1945, ce recueil inachevé et inédit commence par une sentence programmatique : « L'imbécile fonde son existence seulement sur ce qui est. Il n'a pas découvert le possible, cette fenêtre sur le Rien... » Voilà sept ans que Cioran « [moisit] glorieusement dans le Quartier latin », la guerre a emporté avec elle ses opinions politiques et sa propre destinée a toutes les apparences d'un échec : le jeune intellectuel prodigieux de Bucarest a beaucoup vieilli en peu de temps, passé sa trentième année ; il erre dans l'anonymat des boulevards de Paris et noircit des centaines de pages dans de petites chambres d'hôtel éphémères. Fenêtre sur le Rien constitue un formidable foyer de textes à l'état brut, le long exutoire d'un écrivain de l'instant prodigieusement fécond. Dès les premières pages, un thème s'impose : La femme, l'amour et la sexualité - terme rare sous la plume de Cioran -, qui surprend d'autant plus qu'il est l'occasion de confessions exceptionnelles : « Je n'ai aimé avec de persistants regrets que le néant et les femmes », écrit-il. On lit aussi, tour à tour, des passages sur la solitude, la maladie, l'insomnie, la musique, le temps, la poésie, la tristesse. Chaque fragment se referme sur lui-même, et l'on note un souci croissant du bien-dire, du style. Peu de figures culturelles, réelles ou non, apparaissent ici, mais dessinent un univers contrasté et puissant : Niobé et Hécube, Adam et Ève, Bach (pour Cioran le seul être qui rende crédible l'existence de l'âme), Beethoven, Don Quichotte, Ruysbroeck, Mozart, Achille, Judas, Chopin, et les romantiques anglais. Errance métaphysique d'une âme hantée par le vide mais visitée par d'étonnantes tentations voulant la ramener du néant à l'existence, ce cheminement solitaire et amer trouve encore un compagnon de déroute en la figure du Diable, régulièrement invoqué, quand l'auteur n'adresse pas ses blasphèmes directement à Dieu...

     

    www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Arcades

    www.gallimard.fr

  • Rencontre avec Marion Le Roy Dagen

    L'association Rhône Roumanie a le plaisir de vous inviter au Kotopo le 27 Septembre 2019 à 20h00 pour une rencontre avec Marion Le Roy Dagen. 

    Rencontre, essai, francophone, Roumanie, Marion Le Roy Dagen, Kotopo, Rhône Roumanie

    14 Rue René Leynaud, 69001 Lyon

    Entrée 4 €

    Sous le gouvernement Ceausescu, la politique nataliste en Roumanie a eu pour conséquence le placement d'enfants dans des institutions. Certains de ces enfants, après avoir été adoptés par des Français, souhaitent explorer des chemins d'enfance pour retrouver la part manquante à leur histoire. Marion Le Roy Dagen a livré son parcours dans L'enfant et le dictateur, paru aux éditions Belfond en 2018. Elle a également cofondé l'Association Française des Orphelins de Roumanie (AFOR).

    Rencontre, essai, francophone, Roumanie, Marion Le Roy Dagen, Kotopo, Rhône Roumanie

     

    Des documents en lien avec cette rencontre :

    - Si les enfants sont choyés lorsqu'ils arrivent au monde, des abandons sont néanmoins une préoccupation aujourd'hui aussi ; des travailleurs sociaux roumains témoignent dans un reportage ARTE.

    - Pour remonter dans l'histoire de l'adoption en Roumanie, un article écrit par une des fondatrices de l'AFOR (Association Française des Orphelins de Roumanie) 

    Que sont devenus les orphelins de l'Europe? Une reportage France 24  (27/06/2018)

    - Adopter, un jeu d'enfants? Arte 4 min

    - Adoption, le choix des nations un film d'Anne Georget Arte France 2015 

    - En France, Itinéraire d'un enfant placé Arte 56 min

    Des lectures proposées par Jean-Pierre Longre explorent le sujet :

    -  Liliana Lazar, Enfants du diable      

    -  Savatie BaştovoiLes Enseignements d'une ex-prostituée à son fils handicapé

    -  Marion Le Roy Dagen, Toujours vers les autres

     

    https://www.facebook.com/Association-Rh%C3%B4ne-Roumanie-682546995220100/?fref=nf

    http://www.kotopo.net

    http://orphelinsderoumanie.org

  • Quelques parutions récentes

    Roman, Essai, Revue, Roumanie, francophone, Mariana Gorczyca, Ina Delaunay, éditions Non Lieu,  Luminitza C. Tigirlas, Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, Benjamin Fondane, Société d’études Benjamin Fondane, Jean-Pierre LongreMariana Gorczyca, Cadence pour une marche érotique. Roman traduit du roumain par Ina Delaunay, éditions Non Lieu, 2019

    « En Roumanie, l'histoire d'un triangle amoureux entre une docteure, une professeure et un pianiste, tous épris de liberté durant les dernières années du régime de Ceausescu. »

    « Sur de grands mouvements musicaux se joue un roman de la séduction : séduction amoureuse, séduction artistique, séduction consumériste. Mais le séducteur n'est pas nécessairement une figure abjecte, il est ici l'élan vital. Le pianiste virtuose Tiberiu Vánky, et trois femmes de sa vie amoureuse, Renate, Ana et Margit, improvisent leurs expériences sexuelles dans une Transylvanie multiethnique et durant les dernières années grises du régime de Ceausescu. Ils s'abîmeront, se perdront et se retrouveront dans une marche effrénée pour accéder à une certaine forme de liberté. 1990 ouvre en Roumanie une perspective plus séduisante, un tempo plus joyeux, quand le peuple peut finalement respirer, rêver, passer les frontières... Les trois femmes évoluent alors dans une nouvelle harmonie : assumant une féminité plus complexe, elles se libéreront des mœurs anciennes, au contraire de Tiberiu Vánky qui restera fidèle à la fantaisie de ses aventures. Publié pour la première fois en 2010, considéré comme l'un des meilleurs romans roumains d'après la Révolution de 1989, ce livre a remporté trois prix nationaux importants. »

    www.editionsnonlieu.fr

     

     

    Roman, Essai, Revue, Roumanie, francophone, Mariana Gorczyca, Ina Delaunay, éditions Non Lieu,  Luminitza C. Tigirlas, Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, Benjamin Fondane, Société d’études Benjamin Fondane, Jean-Pierre LongreLuminitza C. Tigirlas, Fileuse de l'invisible — Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, coll. Essais, 2019

    « Inspiré par l’œuvre et la vie de la poétesse russe Marina Tsvetaeva, l’essai de Luminitza C. Tigirlas couronne ce qu’on peut appeler une Trilogie, initialement intitulée « Parfaire le sacré sans pardonner l’amour », texte un peu volumineux pour voir le jour dans un seul livre. Sa publication a été possible en trois volets qui interrogent le sacrifice de l’amour au nom de la création et dans le silence du sacré, commencée avec Rilke-Poème. Élancé dans l’asphère (L’Harmattan, 2017) et poursuivie dans l’ordre de leur publication par l’essai Avec Lucian Blaga, poète de l’autre mémoire, (éditions du Cygne, avril 2019). »

     « Le fil est une voix créatrice d’hérésies, elle monte au-dessus du métier de la fileuse de l’invisible — Marina Tsvetaeva (1892-1941). Sa nécessité rythmique d’être poète est celle de vivre, d’accomplir sa mission « d’oreille de la voix ». Se disant « murée vive », Marina exhorte le monde à la vérité de la perte et au franchissement poétique du Mur qui l’exile à l’intérieur d’elle-même. La poétesse s’appelle tour à tour Ariane, Maroussia, Tatiana, Sonetchka, Anna, Frère féminin, Rilke, Pasternak, Dieu-Diable, Noyé, Musique, Mère-Morte, Meurtrimère… Vide, Âme, Dieu… Poète de l’être à l’âme toute nue, Marina Tsvetaeva se fonde et se refonde dans une exposition poétiquement hérétique et, pourquoi pas, lyriquement croyante. Son exigence particulière pour le sacré fait ériger en vers « la vérité céleste contre la vérité terrestre ». Le vide, l’âme, le mystère et le sacrifice en tant qu’il est la « passion de la mort » nous interpellent au cœur des œuvres lues au cours de cet essai dans leur reflet de l’amour de l’amour en même temps que son refus. Passionnément, le désir d’amour de Marina est désir de mort. »

     

    TABLE

    Liminaire 9

    I Au métier du hors-âme 13

    II Brisures et éclatement d’un « Dieu-Diable » 43

    III Brûlure du Vide à vif du poème 59

    IV Saule-Sapho, frère féminin 95

    V Être unique et ne pas rencontrer l’Homme 123

    VI Au monde — du son irrecevable 149

    VII Où sont les mots à ne pas finir ? 167

     

    http://luminitzatigirlas.eklablog.com/fileuse-de-l-invisible-marina-tsvetaeva-a163982130

    https://editions-corlevour.com

     

     

    Roman, Essai, Revue, Roumanie, francophone, Mariana Gorczyca, Ina Delaunay, éditions Non Lieu,  Luminitza C. Tigirlas, Marina Tsvetaeva,  éditions de Corlevour, Benjamin Fondane, Société d’études Benjamin Fondane, Jean-Pierre LongreCahiers Benjamin Fondane n° 22. « Pourquoi l'art - Chimériques esthétiques ». Société d’études Benjamin Fondane, 2019

     

    Sommaire du numéro



    Éditorial
    - Éditorial 


    • Chimériques esthétiques 
    - Critique et esthétique : de Gourmont à Fondane, Agnès Lhermitte
    - Fondane, Gourmont et Le Mercure de France, Vincent Gogibu
    - Réflexions liminaires sur le Faux Traité d’esthétique de 1925, Serge Nicolas 

    • Poésie et philosophie 
    - Présence de Chestov et de Nietzsche dans Ulysse, Alice Gonzi
    - Fondane théâtralement opposé à Valéry 

    • Cinéma et théâtre 
    - Correspondante inédite avec Jean Paulhan, Benjamin Fondane
    Rapt : un défi cinématographique, Carmen Oszi
    - Lucas Gridoux acteur de théâtre et de cinéma, Eric de Lussy 

    • Peinture 
    - En compagnie de Benjamin Fondane, Marina Levikoff
    - Fondane et Chagall, Saralev Hollander 

    • L’écrivain et le social 
    - Démocratie et art (inédit), Benjamin Fondane, traduit par Aurélien Demars
    - Devant l’Histoire, Evelyne Namenwirth
    - L’écrivain et son temps, Monique Jutrin
    - À propos d’une citation de Victor Hugo, Monique Jutrin
    - Les années 33-37 pour Benjamin Fondane, Margaret Teboul
    - À propos des hussards sabre au clair, Margaret Teboul 

    • Notes 
    - Fragment d’une lettre à Ion Călugăru, B. Fundoianu, traduit du roumain par Carmen Oszi
    - Dialogues au bord du gouffre, Gisèle Vanhese
    - Paysages, compte rendu, J-P Longre 

    • Informations 
    - Informations 

    • Bibliographie sélective 
    - Bibliographie sélective 

    • Collaborateurs

    www.benjaminfondane.com

  • « Dans le silence du sacré », « ça crée »

    Essai, poésie, théâtre, francophone, Roumanie, Moldavie, Lucian Blaga, Luminitza C. Tigirlas, éditions du Cygne, Jean-Pierre LongreLuminitza C. Tigirlas, Avec Lucian Blaga. Poète de l’autre mémoire, éditions du Cygne, 2019

    Le livre commence avec la Ballade de Maître Manole que la bunica (la grand-mère) de l’auteure lui racontait dans son enfance ; il continue avec Lucian Blaga, dont on connaît bien la poésie, moins bien la philosophie ou le poème dramatique Manole, Maître bâtisseur. Ainsi le titre se justifie-t-il par une sorte d’intimité entre l’écrivain roumain et Luminitza C. Tigirlas. Son propos est de « questionner l’énigme » de ce Maître Manole qui enferma son épouse dans la muraille du monastère dont il avait dirigé la construction, questionnement qui prend « la liberté de certains détours par la position subjective d’analysante » (ce qui permet d’explorer « l’autre mémoire » suggérée par le sous-titre).

    N'entrons pas ici dans le détail de l’analyse. Disons simplement que celle-ci est fouillée, semée de références à Freud et à Lacan, mais aussi à beaucoup d’autres penseurs, philosophes et écrivains (Sophocle, Platon, Ovide, Apulée, Kierkegaard, Goethe, Nietzsche, Dostoïevski, Rilke, Heidegger, Marguerite Yourcenar, Paul Celan, on en passe…). Mais l’érudition n’est pas sèche. La poésie des paysages, de la langue maternelle, des souvenirs personnels, celle du silence et de la parole, cette poésie court en filigrane dans la trame des pages.

    Et sans qu’il y ait conflit avec ce qui précède, le psychanalyse nourrit ici l’étude thématique issue d’une lecture personnelle. Les thèmes de l’amour et de la mort, des mythes fondateurs, du sacrifice, de l’eau (« inséparable de l’humus natal »), du sacré (« ça crée ? ») – tout cela se combine dans une exploration approfondie de l’œuvre de Lucian Blaga et, d’une manière plus large, de l’écriture fondée sur la mémoire. Luminitza C. Tigirlas décompose parfaitement le cheminement de la création et de ses « avancées fécondes » : « La mise en scène d’un personnage tel le maître d’œuvre Manole avec la désignation de son acte par un édifice réel, le Monastère d’Argeş, est présentée comme un miracle. De là ont pris vie différents genres populaires – légende, mythe, ballade – pour nourrir ensuite des exégèses ou inspirer des compositeurs ou écrivains modernes, comme le fit Lucian Blaga. ». Voilà qui incite à la lecture.

    Jean-Pierre Longre

    http://luminitzatigirlas.eklablog.com

    https://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-avec-lucian-blaga.html

    https://www.editionsducygne.com

  • Cioran et la solitude

    Essai, francophone, Roumanie, Cioran, Aurélien Demars, Mihaela-Genţiana Stănişor, Classiques GarnierCioran, archives paradoxales. Nouvelles approches critiques, Tome IV. Sous la direction d’Aurélien Demars et Mihaela-Genţiana Stănişor, Classiques Garnier, 2019

    Présentation :

    « Épreuve ou aubaine du destin, la solitude tourmente sans cesses Cioran. Solitude de soi, d’autrui, de Dieu ou des choses, elle frappe aveuglément tout et tous. Symptôme, détresse ou, au contraire, force, puissance d’autonomie, remède aux tribulations du monde, la solitude enserre Cioran dans l’insoluble mais l’ouvre aussi à l’acmé d’une intériorité tragique aux dimensions cosmiques. Que signifie la solitude cioranienne ? Est-elle éloignement du monde ou rapprochement de soi ? Écrire, donc communiquer, n’est-ce pas contraire à la solitude ? Ne condamne-t-elle pas au silence ? Autant de questions qu’examinent les études réunies ici. »

     

    SOMMAIRE

     

    Pages 7 à 11

    Introduction : « Solitude du destructeur », Demars (Aurélien)

    PREMIÈRE PARTIE, DOSSIER THÉMATIQUE : LA SOLITUDE

    Pages 15 à 34

    « Les solitaires d’E. M. Cioran : aphorismes et fragments. Cioran, maître de la forme courte, et la tradition européenne de l’aphorisme, de la maxime et du fragment », Le Rider (Jacques)

     

    Pages 35 à 57

    « La solitude ou le mal d’être chez Cioran », Stănişor (Mihaela-Genţiana)

     

    Pages 59 à 72

    « Le solitaire : un déserteur sans désert », Garrigues (Pierre)

     

    Pages 73 à 83

    « Solitude et lumière. Ténèbres du troglodyte et éblouissement du désert chez Cioran », Chatelet (Lauralie)

     

    Pages 85 à 105

    « Solitude et silence selon Cioran. Le blasé de la ville et du désert », Demars (Aurélien)

     

    Pages 107 à 113

    « Du vain espoir d’être seul », Zaharia (Constantin)

     

    Pages 115 à 121

    « Sur la solitude de Cioran », Santacroce (Christian)

     

    Pages 123 à 134

    « La solitude cosmique de Cioran », Lăzărescu (Mircea)

     

    Pages 135 à 142

    « La solitude comme lieu de rencontre avec Dieu », Chelariu (Ionuţ Marius)

     

    Pages 143 à 156

    « Cioran et l’entretien avec soi dans la solitude »

    Baron (Dumitra)

     

    Pages 157 à 179

    « Styles de solitude à l’époque de la barbarie », Enache (Răzvan)

     

    Pages 181 à 186

    « Cioran ou la solitude d’un ami », Vanini (Paolo)

     

    Pages 187 à 204

    « Cioran, l’être « impensablement seul », et « la solitude absolue » de Ţuţea. Une correspondance étonnante », Brad (Rodica)

     

    Pages 205 à 214

    « Cioran et Blanchot. Les « hérétiques de l’existence », les hérétiques de la solitude », Popescu (Gabriel)

     

    Pages 215 à 225

    « Penser contre soi, écrire malgré soi. Cioran et Kafka », Garcia-Guillem (Sergio)

     

    Pages 227 à 235

    « Mélancolie, nostalgie et solitude chez Emil Cioran. Les harmonies ibériques », Pérez López (Pablo Javier)

    DEUXIÈME PARTIE : POINTS DE FUITE

    Pages 239 à 245

    « « Dans la tourmente d’un mystique. Une lecture de Cioran », Lesimple (Alain)

     

    Pages 247 à 250

    « Cioran à l’encontre de Valéry », Demars (Aurélien)

     

    Pages 251 à 253

    « Synopsis des principaux colloques internationaux consacrés à Cioran », Demars (Aurélien)

  • Un renouvellement retentissant

    Essai, Art, Roumanie, Petre Raileanu, éditions Non Lieu, Jean-Pierre LongrePetre Raileanu, Les avant-gardes en Roumanie, La charrette et le cheval-vapeur, éditions Non Lieu, 2018

    Qu’est-ce que l’avant-garde ? Faute de la définir, on peut la reconnaître à quelques « invariants » : « La négation ; le renouvellement des langages et des codes comme impératif ; l’existence d’un groupe et d’un manifeste ; la diffusion de ses idées et de sa production par l’intermédiaire d’une ou de plusieurs publications, événements ou livres ». Parmi les pays qui ont donné naissance, au début du XXème siècle, à une avant-garde artistique et littéraire, la Roumanie figure au premier rang. Et ce ne fut pas seulement une naissance, mais une expansion européenne et mondiale – le phénomène le plus connu étant en l’occurrence l’invention, par Tristan Tzara, Marcel Janco, Hugo Ball, Hans Arp et quelques autres, du mouvement Dada, qui allait s’étendre à la France et au monde occidental.

    Ce n’est qu’un exemple. L’ouvrage de Petre Raileanu (qui reprend en substance, en les développant, les approches qu’il avait faites en 1995 dans un numéro du Rameau d’or) relate et définit avec précision les épisodes et les données des avant-gardes roumaines (un pluriel significatif), le tout étant assorti d’une riche iconographie : reproductions d’œuvres d’art, fac-similés de documents et revues, photos d’époque (Bucarest notamment), portraits d’artistes et d’écrivains… Ce qui fait de cet ouvrage grand format un livre non seulement à lire, mais aussi à regarder, à contempler.

    L’auteur établit une chronologie rigoureuse, qui nous mène des précurseurs (Macedonski et le symbolisme, Urmuz et l’absurde, les premières revues) au groupe surréaliste de Bucarest (Gherasim Luca, Gellu Naum, Virgil Teodorescu, Nadine Krainik, Paul Păun, D. Trost), partisan de « la subversion de la subversion », dépassant même les options de son inspirateur André Breton. Entre les deux, apparaissent ceux que Petre Raileanu appelle « les messagers » : Tristan Tzara bien sûr avec Marcel Janco « le constructeur », Benjamin Fondane, qui rejette le surréalisme et donne à sa poésie des « bases philosophiques ». Il est encore beaucoup question des revues, autour desquelles et avec lesquelles les avant-gardes se sont construites (Contimporanul, Punct, Integral), définissant un certain nombre d’idées nouvelles dans des manifestes ou selon des concepts tels que la « pictopoésie » (Ilarie Voronca et Victor Brauner)… Et l’héritage de ces avant-gardes est à la fin du volume bien mis en valeur, avec l’onirisme de Dumitru Ţepeneag et Leonid Dimov, ainsi que quelques autres grands noms contemporains tels que ceux de Gheorghe Crăciun, Mircea Cărtărescu, Matei Visniec, ou pour le cinéma par exemple ceux de Mungiu, Porumboiu, Puiu…

    Impossible évidemment de citer tous les noms, qui figurent dans un « dictionnaire des protagonistes » bienvenu. L’ouvrage ne se contente pas de tracer un historique, si précis soit-il. Il établit le contexte, risque des définitions, laisse le champ libre au lecteur en suggérant quelques problématiques importantes : les rapports entre avant-gardes et idéologies, le rôle de l’art dans la politique, les relations culturelles entre la Roumanie et l’Europe occidentale, notamment la France – réflexion introduite par le sous-titre, « La charrette et le cheval-vapeur », rappelant ce que « la carriole et le cheval-vapeur » représentait pour Fernand Braudel, à savoir « les symboles des deux Europe, orientale et occidentale », avec leurs contrastes. D’où découle la « rupture » créée par les avant-gardistes roumains tournés en particulier vers la langue française. Ce beau livre fournit donc des renseignements précieux, mais incite aussi à une réflexion générale, tout en procurant le plaisir de l’esprit et, grâce aux nombreuses illustrations, de l’œil.

    Jean-Pierre Longre

    www.editionsnonlieu.fr

  • « Liberté sans dogmes »

    Essai, Roumanie, francophone, Benjamin Fondane, Monique Jutrin, Remy de Gourmont, Agnès Lhermitte et Vincent Cogibu éditions de l’éclat, Jean-Pierre LongreBenjamin Fondane, Devant l’Histoire, textes réunis et présentés par Monique Jutrin, éditions de l’éclat, 2018

    Ce qui caractérise Benjamin Fondane et le distingue de beaucoup de ses contemporains, c’est, comme le dit Monique Jutrin, « sa liberté d’esprit et sa lucidité ». « La véritable révolte ne peut être qu’individuelle », écrivait-il dans Rimbaud le voyou. Sur le plan politique, ni nationalisme ni internationalisme, ni capitalisme ni marxisme, et un antifascisme radical ; sur le plan artistique, liberté de création ; sur le plan philosophique, une pensée nourrie de clairvoyance et de métaphysique, et de ce qu’il nomme lui-même « irrésignation » devant l’Histoire et le malheur.

    Cette indépendance, cette clairvoyance sont au cœur des textes qui composent Devant l’Histoire – textes réunis et présentés par Monique Jutrin, traduits du roumain (lorsqu’ils ne sont pas directement écrits en français) par Marlena Braester, Hélène Lenz, Carmen Oszi, Odile Serre et Aurélien Demars, établis et commentés avec beaucoup de précision dans des notes concernant, pour chacun d’entre eux, son origine et son contenu, le tout complété par une bibliographie et une chronologie utiles.

    Inaugurés par l’article « L’Homme devant l’Histoire ou le bruit et la fureur » (1939), qui contient l’essentiel d’une pensée parfois provocatrice à force de rigueur sur la montée de la barbarie nazie, les textes sont répartis en deux grandes sections, « Autour de la grande guerre » (1913-1922) et « L’entre-deux-guerres » (1927-1937), suivis d’un écrit posthume, « Eaux-mères » (1950). Dans un « post-scriptum », Monique Jutrin souligne « l’absence de textes pour les années 1940-1944 », c’est-à-dire pendant l’occupation et jusqu’à l’assassinat de l’auteur à Auschwitz ; période durant laquelle, pourtant, il « travailla d’arrache-pied, laissant inachevés une grande partie de ses écrits, tant philosophiques que poétiques. » : ce furent des poèmes, des articles, des lettres (à Camus par exemple), son Baudelaire et l’expérience du gouffre

    Les 200 pages de Devant l’Histoire donnent l’occasion de mieux connaître Fondane, de confirmer ou d’infirmer certains points de vue sur sa pensée, mais aussi de constater que même lorsqu’il s’agit de philosophie et de théorie, l’élégance du style, le choix des mots, la profondeur poétique sont toujours là, quelles que soient les circonstances. Et ce n’est pas un hasard si nous rencontrons, au fil des pages, un certain nombre de ses contemporains – écrivains, intellectuels, artistes qu’il approuve ou qu’il contredit – parmi lesquels Gide, Malraux, Denis de Rougemont, Chestov bien sûr, Jacques Maritain, Albert Camus… ; pas un hasard non plus si nous le voyons évoquer le surréalisme, Dada, la Palestine, ou si nous l’entendons lancer un appel aux étudiants roumains de Paris pour contrer « l’offensive fasciste » que connaissent leur pays et l’Europe. Benjamin Fondane est par-dessus tout un artiste dans le siècle, épris d’indépendance.

    Jean-Pierre Longre

    www.lyber-eclat.net  

     

    Essai, Roumanie, francophone, Benjamin Fondane, Monique Jutrin, Remy de Gourmont, Agnès Lhermitte et Vincent Cogibu éditions de l’éclat, Jean-Pierre LongreParution à signaler :

    Benjamin Fondane et Remy de Gourmont. Questions d’esthétique. Dossier n° 2 de la Nouvelle imprimerie gourmontienne. Coordonné par Agnès Lhermitte et Vincent Cogibu.

    « Fruit de la collaboration des deux associations (Société d'études Benjamin Fondane : SEBF, et Cercle des Amateurs de Remy de Gourmont : CARGO), ce volume est le numéro 2 de la collection "Dossiers" de la Nouvelle Imprimerie gourmontienne. Il comprend les écrits consacrés par Fondane à Remy de Gourmont et au mouvement symboliste, au nombre desquels plusieurs textes inédits, ainsi que quelques études sur l'influence exercée par Gourmont sur le jeune Fondane, surtout dans sa période roumaine ».

    www.remydegourmont.org