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autobiographie

  • Ne jamais renoncer

    Essai,  autobiographie, anglophone (États-unis), Eva Mozes Kor, Lisa Rojany Buccieri, Blandine Longre, Notes de nuit, Jean-Pierre LongreEva Mozes Kor et Lisa Rojany Buccieri, Survivre un jour de plus. Le récit d’une jumelle de Mengele à Auschwitz. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre, Notes de nuit, 2018.

    On ne s’habituera jamais à l’horreur, et chaque témoignage sur les camps d’extermination apporte son lot de questions sur « l’espèce humaine », à la suite de celles que se pose Robert Antelme. En lisant Survivre un jour de plus, on se demande comment des hommes, des médecins devenus bourreaux, ont pu se rendre coupables des atrocités infligées à leurs victimes sous prétexte d’expérimentations médicales, et comment les victimes – du moins certaines d’entre elles – ont pu résister aux souffrances. Cette résistance, Eva Mozes Kor l’explique par l’amour que sa jumelle Miriam et elle se portaient mutuellement, ce qui constituait un soutien inébranlable : « Nous nous raccrochions l’une à l’autre parce que nous étions des jumelles. Nous comptions l’une sur l’autre parce que nous étions des sœurs. Et parce que nous appartenions à la même famille, nous ne renoncions pas. ». Ajoutons à cela une force de caractère exceptionnelle : « Je ne suis pas morte, me répétais-je. Je refuse de mourir. Je vais me montrer plus futée que ces docteurs, prouver à Mengele qu’il a tort, et sortir d’ici vivante. ».

    Âgées de dix ans, Eva et Miriam, Juives nées en Roumanie, ont été déportées à Auschwitz avec leur famille – leurs parents et leurs deux sœurs, qu’elles ne reverront pas. C’est leur long calvaire qu’avec l’étroite collaboration de Lisa Rojany Buccieri l’auteure relate ici : le départ forcé de leur village sous le regard muet d’une population rongée par l’antisémitisme, l’arrivée brutale au camp, les expériences inhumaines faites sur les jumeaux, et donc sur Eva et Miriam, par Mengele et ses sbires, les maladies, la faim, la peur incessante de la séparation et de la mort, mais le courage inaltérable. Enfin la déroute nazie, la libération par les Russes (qui ne manquent pas de mettre en scène le film de la sortie du camp), et la question de l’avenir qui se pose aux deux fillettes maintenant seules : « Nous avions survécu à Auschwitz. Nous avions onze ans. Nous n’avions désormais qu’une question en tête : comment allions-nous rentrer chez nous ? ». Après maints détours, c’est le retour au village de Porţ, le malaise qui les prend en réalisant que ce ne sera plus jamais comme avant, et la volonté de se construire « une nouvelle vie ». Pendant cinq ans elles vivront à Cluj chez leur tante, puis, avec les difficultés que l’on devine sous le régime roumain de l’époque, ce sera le départ pour Israël.

    Devenue par la suite américaine, Eva Mozes Kor a fondé « une association de soutien aux jumeaux ayant survécu aux expérimentations de Josef Mengele, et a aidé à faire pression sur plusieurs gouvernements afin que soit retrouvé ce dernier. ». Après le décès de Miriam, elle a ouvert à sa mémoire le « Musée et centre éducatif de la Shoah », et est devenue une ambassadrice de la paix et du pardon – conformément à ce qu’elle espère transmettre aux jeunes générations et qui conclut l’ouvrage : ne jamais renoncer, et pardonner à ses ennemis. Ce livre poignant, illustré par d’émouvantes photos, est à la fois témoignage nécessaire, leçon de courage et « message de pardon ».

    Jean-Pierre Longre

    www.notesdenuit-editions.net

  • « Toujours vers les autres »

    Autobiographie, francophone, Roumanie, Marion Le Roy Dagen, Xavier-Marie Bonnot, Belfond, Jean-Pierre LongreMarion Le Roy Dagen, Xavier-Marie Bonnot, L'enfant et le dictateur, Belfond, 2018

    À partir de 1990, l’une des images récurrentes que les médias occidentaux donnèrent de la Roumanie fut celle de ces « orphelinats » ou « leagan » dans lesquels s’entassaient des enfants laissés sans soins et sans hygiène, voire brutalisés ; des enfants qui n’étaient pas vraiment des orphelins, mais qui étaient nés dans le cadre de la politique nataliste de Ceauşescu, et que leurs parents le plus souvent désemparés avaient laissés là : « Si vous ne pouvez pas vous occuper de vos enfants, l’État s’en chargera. ». Sauf que personne ne s’en est vraiment chargé, si ce n’est, pour quelques-uns d’entre eux, des couples de parents adoptifs, et par la suite des ONG internationales et des associations locales venues au secours de ces victimes du « national-communisme ».

    Marion était de ces enfants. Une mère mal aimée et trop jeune (Ana), un père immature et fuyant, un avortement impossible (la loi l’interdit absolument) : Maria, née en 1976, fait partie des « enfants du décret », ce décret qui stipule que la population roumaine doit augmenter (ce qui sera un « fiasco absolu »…). Bref, Ana, malgré elle, doit abandonner son enfant dans un de ces établissements où, heureusement, un couple de Français, Édith et Robert, viendra la chercher pour l’adopter en 1983 : pour elle, une deuxième naissance ; pour eux, le bonheur d’avoir un enfant. Elle s’appellera désormais Marion Dagen. Évidemment, les difficultés ne manquent pas. Même si « Marion assimile très vite le français », même si ses nouveaux parents l’entourent de leur amour, les traumatismes, les tâtonnements de l’adaptation, puis les problèmes de l’adolescence, les difficultés « à mettre des mots sur [ses] sentiments », la scolarité un peu chaotique sont autant d’embûches sur le chemin de la construction de soi.

    C’est la quête de ses origines qui va contribuer à cette construction. Marion part sur les traces de la petite Maria qu’elle était, va retrouver sa mère et son père « biologiques », Ana et Nicolae, avec l’inquiétude et l’émotion que l’on peut deviner, au-delà des mensonges et des questions qui ont assailli la mère et la fille : « On n’a pas osé trop se regarder, se souvient Marion. On s’est serrées dans les bras. Ana pleurait. Moi aussi. Beaucoup. Tout se relâchait d’un seul coup. Je venais de recevoir un coup de massue. On est restées longtemps enlacées. Je me suis dit que j’allais enfin connaître le départ de ma vie. » ; au-delà aussi de la culpabilité pour Nicolae : « Il était abasourdi, dit Marion. Il venait de recevoir un gros coup sur la tête. Il ne réalisait pas. En plein malaise. Il ne savait pas quoi dire. Grosse surprise. ». Par la suite, mariée, mère de famille, Marion a fondé avec Laura Giraud, adoptée elle aussi, une association pour les enfants abandonnées, l’AFOR, dont l’activité au service des « adoptés » est intense.

    L’histoire de Marion est, certes, une histoire parmi d’autres. Mais chaque destin est particulier, exceptionnel même, et le sien l’est. Xavier-Marie Bonnot et elle ont réussi à rendre cruciale la vérité de ce destin, tout en le déroulant comme un roman, sur fond de précieuses indications historico-sociales. Ce livre est à la fois un récit poignant, un témoignage objectif et une analyse précise. Et c’est l'histoire d’une adoption à double sens : celle de Marion par Édith et Robert, celle d’Ana et Nicolae par Marion, dont la trajectoire mène « toujours vers les autres », ceux du passé, du présent et de l’avenir.

    Jean-Pierre Longre

     www.belfond.fr  

    Les orphelinats de Roumanie sont au centre de certains romans récents. Voir par exemple :

    Liliana Lazar, Enfants du diable : http://jplongre.hautetfort.com/archive/2016/03/23/le-secret-d-elena-5777501.html#more

    Savatie Baştovoi, Les Enseignements d'une ex-prostituée à son fils handicapé : http://livresrhoneroumanie.hautetfort.com/archive/2018/03/05/la-terrible-douleur-du-manque-6031752.html

  • Moldavie-Afghanistan aller-retour

    Roman, autobiographie, francophone, Moldavie, Jana Chisalita-Musat, éditions Chapitre.com, Jean-Pierre LongreJana Chisalita-Musat, La guerre des serpents, éditions Chapitre.com, 2015

    Nous sommes dans un village de Moldavie, un village que Jana Chisalita-Musat connaît bien, puisque c’est celui où elle est née et a passé son enfance. La vie, laborieuse et rude mais semée des petites joies d’une famille unie, est celle que l’on pouvait y mener tant bien que mal dans les années 1980 sous la férule soviétique, et aussi sous celle, il faut bien le dire, de traditions qui rendaient la vie difficile aux femmes et aux jeunes filles à marier.

    Victor, le frère tant aimé, le fils chéri, est appelé à partir au service militaire en mai 1984, à l’âge de 18 ans. C’est l’occasion d’une belle « fête de départ » pour la famille, les voisins, les amis, et pour sa mère Sanda d’une « tourmente qui morcelait son âme ». Car on sait, sans que cela soit officiel, que beaucoup de jeunes hommes partent sans revenir vivants. « On disait qu’il se passait quelque chose en Union Soviétique. Qu’est-ce qu’on savait au juste ? On se disait en chuchotant que beaucoup de jeunes soldats allaient dans une région maléfique. D’où ils revenaient affectés, ou alors ils ne rentraient plus. Une mission en terre inconnue où des milliers de jeunes soviétiques accomplissaient leur “devoir international”. ». La « mission » en question, c’est la guerre que l’URSS menait en Afghanistan.

    Le livre est composé d’un va-et-vient, sous forme narrative ou épistolaire, entre la Moldavie, d’autres régions d’URSS et l’Afghanistan. D’un côté la vie rurale, les habitudes, les questions, les doutes ; de l’autre la guerre et ses cruautés, ses peurs, ses héroïsmes, ses révoltes, la camaraderie et les rivalités entre les hommes. Le récit nous mène au cœur des inquiétudes et des incertitudes, des questions sur la violence, le « patriotisme », l’amour, la liberté. Cette question, par exemple, à laquelle répond le voisin, un instituteur contestataire : 

    « - Stefan, pourquoi les gens sont-ils amenés à quitter ce pays ? Qu’est-ce qu’ils pourront bien trouver de plus en Amérique ? […]

    - La liberté ! […]

    - Quelle liberté ? Le plus important dans cette vie est d’avoir une maison, des enfants, un travail. À quoi bon la liberté ?

    - Justement, la liberté c’est d’avoir tout cela sans contraintes. Sans choix imposés. […] Elle te plaît vraiment, ta vie ? Mariée de force, méprisée par ton mari. Obligée de travailler jour et nuit, sans relâche, sans pitié. Quel a été ton plus grand plaisir dans cette vie ? Quel est ton plaisir ? »

    La plus grande joie de Sanda est son fils, mais est-elle durable ?

    La guerre des serpents est écrit par une Moldave dans un français limpide qui garde des traces du passé linguistique de l’auteure, de son aveu même : « Si certaines phrases de ce livre vous paraîtront atypiques, maladroites, c’est parce que j’ai essayé de donner à la langue française cette connotation folklorique du dialecte moldave. ». Roman, autobiographie, narration historique, familiale ? En tout cas un récit plein de l’émotion que suscitent les véritables témoignages humains.

    Jean-Pierre Longre

    www.chapitre.com

    www.facebook.com/la.guerres.des.serpents

  • Parutions récentes, été 2016

    Poésie, Autobiographie, Histoire, Roumanie, Constantin Acosmei, Nicolas Cavaillès, éditions hochroth Paris, Marie-Hélène Fabra-Bratianu, Paul Fabra, L’HarmattanConstantin Acosmei, Ce qui s’est passé. Traduction du roumain par Nicolas Cavaillès et l’auteur, éditions hochroth Paris, coll. « sine die », 2016

    Présentation :

    Qualifié de « grand silencieux » par la critique, Constantin Acosmei, né en 1972 à Tîrgu Neamţ, est l’auteur d’un seul livre, Jucăria mortului (Le Jouet du mort), réédité à trois reprises depuis sa première parution en 1995. Il n’écrit plus.

    je prends entre mes doigts une mèche sale

    de mes cheveux emmêlés la brûle avec ma

    cigarette à la racine et la jette sous le lit 

    www.paris.hochroth.eu

     

    Poésie, Autobiographie, Histoire, Roumanie, Constantin Acosmei, Nicolas Cavaillès, éditions hochroth Paris, Marie-Hélène Fabra-Bratianu, Paul Fabra, L’HarmattanMarie-Hélène Bratianu, La mémoire des feuilles mortes. Préface de Paul Fabra, L’Harmattan, 2016

    Présentation :

    Ma mère était la descendante d'une grande famille roumaine, les Bratianu. Son père était historien et homme politique. Il est mort dans un camp. Mais elle préférait me raconter les réunions familiales avec des vieux généraux, des jeux dans des parcs avec un vrai roi, des enfants princes et des gouvernantes allemandes. Je me rappelais alors que ma mère venait d'une autre planète, en noir et blanc, comme les photographies accumulées dans une malle, à la maison.

    www.editions-harmattan.fr

  • « Qui me réveillera ? »

    Roman, autobiographie, Roumanie, Max Blecher, Elena Guritanu, Claro, Hugo Pradelle, Éditions de l’Ogre, Jean-Pierre LongreMax Blecher, Aventures dans l’irréalité immédiate, suivi de Cœurs cicatrisés,  traduit du roumain par Elena Guritanu, préface de Claro, postface de Hugo Pradelle, Éditions de l’Ogre, 2015  

    « L’impression générale et essentielle de théâtralité devenait une véritable terreur dès que je pénétrais dans un cabinet de curiosités exposant des figures de cire. À mon effroi se mêlaient une vague ondulation de plaisir et la sensation étrange, que nous éprouvons tous parfois, d’avoir déjà vécu la même chose, dans le même décor. Si jamais naissait en moi le sentiment d’un but existentiel et si cette ébauche était véritablement liée à quelque chose de profond, d’essentiel et d’irrémédiable, alors mon corps devrait se transformer en une statue de cire dans un musée et ma vie en une contemplation sans fin de ses vitrines. ». Telle est la prose d’un écrivain encore trop méconnu, né dans le nord de la Roumanie, mort en 1938 à l’âge de 29 ans après avoir vécu pendant 10 ans atteint par le « mal de Pott », tuberculose osseuse qui l’obligea à interrompre ses études de médecine à Paris et à passer son existence dans divers sanatoriums.

    Trop méconnu, et pourtant plusieurs fois traduit en français (par Mariana Şora, Georgeta Horodinca, Hélène Fleury, Gabrielle Danoux…). Ce volume, qui réunit deux ouvrages différents traduits par Elena Guritanu, témoigne d’une écriture à la fois introspective et expressive, qui met en relation étroite le rêve et la réalité, l’hallucination et la sensation. Aventures dans l’irréalité immédiate est l’exploration d’une âme en proie à la perception d’un monde à la fois étrange et familier, défiguré par la douleur et recomposé par la poésie des mots et des phrases, une âme qui, comme une spectatrice de théâtre, est à la fois à l’extérieur et à l’intérieur, observatrice et observée. Ce premier récit, en va-et-vient et en circonvolutions, est un pathétique et admirable appel à la survie, malgré tous les obstacles : « Je me débats, je crie, je m’agite. Qui me réveillera ? ».

    Cœurs cicatrisés, de facture plus narrative, est le récit du séjour d’Emanuel (le double de l’auteur) dans un sanatorium de Berck. La maladie y est certes omniprésente, pensionnaires enserrés dans leur corset de plâtre, couchés nuit et jour, transportés en calèche, souffrant de mille maux – mais pensionnaires vivants. Emanuel, comme les autres, participe à des fêtes clandestines et alcoolisées, noue des amitiés solides, connaît des aventures amoureuses, fait de longues promenades dans les dunes ; il recherche aussi la solitude, découvre les Chants de Maldoror, rêve, voit disparaître certains de ses compagnons, jusqu’à son propre départ vers une autre destination, un autre sanatorium, d’autres espérances. Sous la linéarité du récit, se tissent les aventures intérieures, ainsi qu’une sorte de commentaire voilé, fruit d’une observation de soi et des autres qui n’exclut ni l’humour (noir ou morbide) ni la satire (discrète) ni bien sûr l’introspection.

    Ainsi saisit-on le bien-fondé de cette double publication : sous deux formes différentes, Max Blecher est un écrivain de la relation intime que l’individu entretient avec lui-même et avec ce qui l’entoure, entre imaginaire et réel transfigurés.

    Jean-Pierre Longre

    www.editionsdelogre.fr  

  • Écrivain conteur

    Conte, récit, autobiographie, Roumanie, Ion Creangă, Dominique Ilea, L’Harmattan, Jean-Pierre LongreIon Creangă, Contes, souvenirs d’enfance et histoires. Traduction du roumain, préface et notes de Dominique Ilea, L’Harmattan, 2016. 

    Ion Creangă (1839-1889), diacre, instituteur, conteur plein de verve, écrivain savant, humoriste populaire, ami d’Eminescu, est souvent rapproché de Rabelais, de Charles Perrault ou de Boccace. Certes, ses héros ont « la bonhomie et la gaillardise joyeuses des héros rabelaisiens », comme l’écrit Andreia Roman dans son histoire de la littérature roumaine ; ses récits mêlent allègrement le réel et le merveilleux, la poésie charmante et la truculence grivoise. Mais sa plume est bien celle d’un auteur original, qui doit tout à son érudition, à ses origines campagnardes, à son travail de styliste et à son talent d’écrivain épique et burlesque.

    C’est ce dont témoignent les « pages choisies », traduites et présentées par Dominique Ilea. Un bel échantillon de textes, dans une traduction qui rend avec précision et modernité les audaces lexicales et la vigueur stylistique de l’auteur. D’abord quatre contes, « La Belle-mère aux trois brus », « L’histoire du Cochon », « L’histoire de Stan l’Averti » et « Ivan Tourbinka », qui mêlent au folklore régional la malice paysanne, à l’imaginaire féérique (ou démoniaque) la réalité historique. Les « Souvenirs d’enfance », suivant un ordre chronologique, mettent en avant les petites et grandes aventures d’un écolier déluré, épris à la fois de liberté et de son village chéri, de sa campagne heureuse qu’il rechigne à quitter pour poursuivre ses études à Iaşi : « Pour chaque fontaine, ruisseau, vallon, bocage et autres coins ravissants que l’on laissait derrière nous, un gros soupir gonflait notre poitrine ! ». Le volume se poursuit avec des histoires plus courtes mais tout aussi savoureuses, donnant des images cocasses du tempérament humain (la bêtise, la paresse, la sagesse arithmétique…), et se termine par un robuste « Conte grivois » où les épis de maïs subissent une drôle de transformation…

    Récits picaresques, épiques, comiques, les écrits de Creangă, qui donnent une belle place à l’oral (« Un livre à lire à haute voix », affirme justement la traductrice), sont ceux d’un auteur qui, « dans on propre langage succulent », fait magistralement la synthèse entre des sources multiples, des personnages de tout acabit et tout bien considéré universels dans leur diversité, des registres variés, le tout avec la modestie des grands, comme le montre la « préface à mes Contes » qui inaugure le livre :

    « Cher Lecteur,

    Que d’âneries n’auras-tu pas dû lire, depuis que tu es sur terre !

    Ajoutes-y celles qui suivent, pour m’obliger ; et si, à tel endroit, tu trouves cela bien peu à ton gré, prends la plume, à ton tour, et donne à voir quelque chose d’un meilleur aloi ; car, moi, c’est tout ce que j’ai su abouter. ».

    Jean-Pierre Longre

    www.harmattan.fr

  • Combats contre la dictature

    autobiographie,francophone,roumanie,sorin dumitrescu,éditions le ver à soieSorin Dumitrescu, Irrévocable ! éditions Le ver à soie, 2015

    Présentation de l’éditrice :

    « Malgré les engagements internationaux pris par la Roumanie lors de la ratification de l’Acte constitutif de l’UNESCO et de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies, Sorin Dumitrescu, Directeur de la Division des sciences de l’eau de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Sciences et la Culture (UNESCO), fut retenu dans son pays par le régime dictatorial de Nicolae Ceauşescu entre 1976 et 1978 : une période pendant laquelle il fut sujet à une longue série de pressions et de harcèlements. Pour la première fois, et contrairement aux dispositions de l’article VI de l’Acte  constitutif auquel il avait souscrit, un gouvernement membre de l’Organisation « assignait à résidence » un fonctionnaire international dans son pays d’origine, l’empêchant ainsi d’accomplir la mission que lui avait confiée l’UNESCO. Pour la première fois également, le Directeur général de l’UNESCO se trouvait dans l’impossibilité d’assurer son autorité sur un fonctionnaire de l’Organisation, en conformité avec les obligations qui résultaient pour lui de l’engagement qu’il avait souscrit au moment de sa nomination. 

    C’est d’abord ce combat acharné contre le régime communiste dictatorial que raconte ce livre. Pendant deux ans, Sorin Dumitrescu va devoir déjouer un à un tous les pièges que lui tend la Securitate. C’est ainsi qu’au fil de situations authentiques qui ne manquent pourtant pas de rappeler les grandes heures du récit d’espionnage, l’auteur déroule sous nos yeux la véritable partie d’échecs qui l’oppose au gouvernement roumain et à Ceauşescu  personnellement pour parvenir à sortir de son pays et recouvrer son droit à accomplir ses devoirs de fonctionnaire international. Pourtant, au-delà du récit détaillé des stratégies ubuesques de la dictature roumaine à son égard, c’est aussi à la découverte de l’histoire récente autant que passionnante de l’UNESCO que ce livre nous entraîne. Un livre, dans lequel on ne se lasse pas non plus de découvrir avec étonnement le caractère arbitraire et parfois tout aussi ubuesque des règles auxquelles les demandeurs d’asile pouvaient être confrontés dans la France des années 1980. »

    Né en Roumanie en 1928, Sorin Dumitrescu est ingénieur hydraulicien et docteur en hydrologie. De 1959 à 1969, il a dirigé l’Institut de recherches hydrauliques de Bucarest. À partir de 1964, il a participé à la planification et à la mise en oeuvre de la Décennie Hydrologique Internationale (1965-1974), lancée par l’UNESCO. En 1969, il fut nommé Directeur de l’Office d’hydrologie de l’UNESCO et commença une carrière internationale. Envoyé en mission officielle dans la Roumanie de 1976, il sera empêché de quitter le pays par le régime dictatorial de Nicolae Ceauşescu. Il fit l’objet de diverses formes de répressions, malgré l’immunité conférée par son statut de fonctionnaire international. Après le combat acharné que raconte ce livre, et soutenu par le Directeur général et le Conseil exécutif de l’UNESCO, il a enfin pu rejoindre son poste à Paris en 1978. Il a ensuite fini sa carrière en tant que Sous-Directeur général de l’UNESCO.

    http://www.leverasoie.com