Cécile Folschweiller et Andreia Roman (textes réunis par), Bucarest, Promenades littéraires, éditions Non Lieu, 2017
Voilà un livre que désormais tout voyageur qui, pour quelque raison que ce soit, se rend à Bucarest devra emporter avec lui. Les « promenades » qu’il propose se déroulent à travers les textes d’écrivains pour qui la capitale roumaine est un vrai sujet littéraire, voire un vrai personnage romanesque. Comme le précisent à juste titre ses auteures, « Bucarest cache précieusement ses secrets. Bucarest ne se visite pas, Bucarest se “vit” et se dévoile au fil des expériences quotidiennes et des rapports humains ». Ville singulière, « mal aimée », « qui a toujours témoigné d’une vitalité bouillonnante et d’une volonté farouche de défier les aventures de son passé », elle est le sujet de nombreux livres, chapitres, pages du patrimoine littéraire passé et présent.
L’ouvrage s’organise de la manière la plus pratique et la plus claire : quatre parties présentant les textes dans l’ordre chronologique des périodes évoquées (« Avant 1900 », « 1900-1945 », « 1945-1989 », « Après 1989 »), suivies des références bibliographiques et de plans fort utiles, permettant de repérer les lieux correspondant aux textes ; lieux en outre illustrés par des photos parsemant les pages et montrant ou rappelant certains monuments, certaines rues, certains quartiers qui ont fait l’histoire de la ville. Si l’organisation est pratique, si chaque texte est introduit par des lignes éclairantes sur son auteur, la thématique est d’une grande richesse et d’une grande variété, une variété qui concerne aussi les genres et les styles.
Sans entrer dans les détails, et en précisant que presque tous les textes (sauf les trois premiers, témoignages historiques livrés par des auteurs français d’autrefois) sont traduits du roumain par des étudiants et des enseignants de l’INALCO, nous avons là des pages d’écrivains connus, tels Ion Luca Caragiale, Tudor Arghezi, Hortensia Papadat-Bengescu, George Călinescu, Gabriela Adameşteanu, Mircea Cărtărescu, Sebastian Reichmann, d’autres moins notoires, et du théâtre, de la poésie, de la prose narrative. Pages descriptives, oniriques, historiques, dramatiques, satiriques, élogieuses… on ne s’ennuie pas dans cet ouvrage qui peut se lire en continu, comme le roman d’une ville, se consulter au gré des humeurs et des centres d’intérêt, ou être considéré comme un vaste poème urbain, à l’instar de ce que rêve d’écrire Bogdan Ghiu : « J’aimerais bien réussir à écrire – ou, au moins, à lire chez quelqu’un d’autre – un poème non pas sur Bucarest (car il y en a beaucoup), mais celui de Bucarest, un poème-Bucarest, un poème qui serait Bucarest, dont on sentirait qu’il est Bucarest, quels que soient les mots qu’il contient. ». Le « poème-Bucarest », ces « promenades littéraires » nous le donnent à lire.
Jean-Pierre Longre
Les écrivains : Gabriela Adameşteanu, Tudor Arghezi, George Bariţiu, Florin Bican, Adriana Bittel, Geo Bogza, George Călinescu, Zoe Cămărăşescu, Ion Luca Caragiale, Mateiu Caragiale, Mircea Cărtărescu, Ioana Drăgan, Nicolae Filimon, Bogdan Ghiu, Silvia Kerim, Pierre Lescalopier, Auguste de Messence, Maria-Elena Morogan, Hortensia Papadat-Bengescu, Ioana Pârvulescu, Isac Peltz, Cezar Petrescu, Ioan Popa, Marin Preda, François Recordon, Sebastian Reichmann, Doina Ruşti, Bogdan Suceavă, Alex Tocilescu.
Elena-Brânduşa Steiciuc, Francophonie & diversité, Editura Universităţii « Ştefan cel Mare » Suceava, 2017.
Présidente de l’ARDUF (Association Roumaine des Départements Universitaires Francophones),
Radu Bata, Survivre malgré le bonheur, Jacques André éditeur, 2018
Irina Teodorescu, Celui qui comptait être heureux longtemps, Gaïa, 2018
Gellu Naum, La Voie du Serpent, préface et traduction du roumain par Sebastian Reichmann, Non Lieu, 2017
Un vrai poète, oui, pour rendre l’atmosphère, les tonalités, les couleurs d’un recueil qui nous fait parcourir la poésie de Gellu Naum de 1968 à 2004, en dix étapes : Athanor (1968), L’Arbre – Animal (1971), Mon père fatigué (1972), Poèmes choisis (1974), La description de la tour (1975), L’autre côté (1980), La rive bleue (1990), La face et la surface (1994), Ascète à la baraque de tir (2000), La voie du serpent (2004), qui donne son titre au volume avec, paradoxalement, seulement deux fragments. Ce parcours manifeste une belle diversité, dont Sebastian Reichmann suggère les grandes lignes dans sa préface, une diversité qui n’exclut pas l’unité garantie par le souffle surréaliste (ou post-surréaliste, comme on voudra) qui anime les vers, les versets, les proses. Souvent affleurent l’écriture automatique et les images surprenantes (« le ciel se remplit de taureaux », « les cheveux défaits parmi les épées et fractions »), le réel se mêle au rêve (ce qui répond parfaitement à la fusion réalisme/onirisme définie par André Breton) : il y a des « statues aux oreilles enterrées dans le sable », le « crépuscule des mots » et le mouvement perpétuel ne sont pas incompatibles avec la recherche d’un financement, et les souvenirs parisiens surgissent de la mémoire consciente ou inconsciente (le Dôme, les anciens amis, des « garçons admirables » qui veulent « briser [une porte] avec leurs viscères »). Rêves (voire « arbres rêveurs »), apparitions (de personnes réelles parfois), visions fantastiques (« un tunnel au centre de la ville / qui ne menait jamais nulle part » ou « les maisons [qui] volaient dans les airs ») hantent les pages du livre, où l’on rencontre aussi la bien-aimée Zenobia, personnage du fameux « rhoman ».
Journal
L’intranquille
L’Année Francophone Internationale
Le Haïdouc
« Sous l’égide de Pan »
Revue Europe n°1061-1062, septembre-octobre 2017. Tristan Tzara, Kurt Schwitters.
Mircea Cărtărescu, Tout, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, éditions hochroth Paris, 2017
tentative d’épuisement poétique de la totalité universelle. Et la vie, de la naissance à la mort comprises, de l’espoir au deuil – le deuil émouvant de ce « Victor », double et jumeau apparaissant aussi dans les romans, et qui est « la rose qui manque à tous les bouquets ». Un espoir ? Celui d’une résurrection qui n’efface pas la morbidité :
Max Blecher, Corps transparent, traduit du roumain par Gabrielle Danoux, édition bilingue, 2017
Isabelle Scherer, La fuite des poulets roumains, Librinova, 2017
Richard Edwards, Chroniques de Roumanie, Transboréal, 2017
Richard Edwards, Bucarest, 77, boulevard Dacia, photos de Tomo Minoda, dessins de Matei Branea, éditions Non Lieu, 2016
Matéi Visniec, Le Cabaret Dada, traduit du roumain par Mirella Patureau, éditions Non Lieu, 2017