Cornelia Petrescu, L’Écho de la lumière, Edilivre, 2018
Les six textes en prose de ce nouveau livre de Cornelia Petrescu (qui a publié plusieurs ouvrages en roumain et en français) révèlent des souvenirs personnels ou collectifs filtrés et poétisés par la mémoire. Si le premier, qui donne son titre au recueil, est un « texte imaginaire » symbolisant la remontée à la source et composé de visions oniriques et fantastiques, les suivants sont fondés sur des « faits réels » entrant dans l’histoire individuelle, de soi ou des autres.
Les récits sont liés au passé récent de la Roumanie, alors que le pays et ses habitants tentaient de vivre sous le joug de la dictature. On suit les malheurs de cette vieille dame dont la chèvre a commis un sacrilège politique, ce qui a valu à sa propriétaire 18 ans de prison pour « profanation de la direction du Parti »… Le grotesque et le dramatique se confondent… Il y a aussi le sort tragique de ces étudiants de Timişoara « qui ont défilé pour apporter leur soutien à la Perestroïka de Gorbatchev [et qui] ont été exécutés en prison. ». Ou encore les retombées de la catastrophe de Tchernobyl que les lois de la « Securitate » n’ont rien fait pour arranger.
À côté de cela, de fraîches questions enfantines (par exemple sur les secrets que renferme le cocon du ver à soie) et les belles descriptions de paysages, comme ceux de la Dobrogea en fleurs. Et si l’on sent bien que la langue utilisée par l’auteure n’est pas sa langue maternelle, la « roumanité » de son propos, dans la forme et dans le fond, n’est pas étrangère à la poésie de ces récits tragiques.
Jean-Pierre Longre
Petre Raileanu, Les avant-gardes en Roumanie, La charrette et le cheval-vapeur, éditions Non Lieu, 2018
E. O. Chirovici, Jeux de miroirs, traduit de l’anglais par Isabelle Maillet, Les Escales, 2017, Pocket, 2018
On sait par la « note de l’auteur finale » que celui-ci a publié plusieurs livres en roumain dans son pays d’origine, et que Jeux de miroirs est son premier roman écrit en anglais. L’adaptation à un nouveau contexte et à une nouvelle langue est réussie (pour autant qu’on puisse en juger sur une traduction). L’atmosphère des universités américaines dans les années 1980, par exemple, est rendue avec beaucoup de réalisme. Surtout, si ce roman est un bon thriller (avec sa dose de mystères et de péripéties), il n’est pas que cela : la psychologie des personnages, le jeu des vérités relatives, le travail de construction labyrinthique y sont primordiaux. Fions-nous aux intentions avouées par E. O. Chirovici lui-même : « Je dirais que mon livre s’attache moins au qui qu’au pourquoi. J’ai toujours pensé qu’au bout de trois cents pages les lecteurs méritaient d’en savoir plus que le seul nom de l’assassin, même obtenu après quantité de rebondissements inattendus. ».

Parmi les grands, figure en bonne place le Prix Nobel de Littérature 2009,
Gabriela Adameşteanu, Gare de l’Est. Nouvelles traduites du roumain par Nicolas Cavaillès, éditions Non Lieu, 2018.
Benjamin Fondane, Devant l’Histoire, textes réunis et présentés par Monique Jutrin, éditions de l’éclat, 2018
Parution à signaler
Le Club | Ana Blandiana
« MA PATRIE A4 » (
George Vulturescu, Les Pierres du Nord, recueil bilingue, traduit du roumain par Jean Poncet, e
Revue Baïka n° 12, éditions Salmantina, automne 2018
Laurent Geslin, Jean-Arnault Dérens, Là où se mêlent les eaux, « Des Balkans au Caucase, dans l’Europe des confins », La Découverte, 2018
Vasile George Dâncu, Maman Univers / Universul Mama, traduit du roumain par Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2018
Jacques Baujard, Simon Géliot, Codine, d’après la nouvelle de Panaït Istrati, La boîte à bulles, 2018
Marin Mincu, Journal de Dracula, traduction du roumain, avant-propos et notes de Dominique Ilea, Xenia, 2018
Cahiers Benjamin Fondane