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éditions unicité

  • Le miracle des poésettes

    Poésie, francophone, Radu Bata, Éditions Unicité, Jean-Pierre LongreRadu Bata, Le fou rire de la pluie, Éditions Unicité, 2021

    Il est méfiant, Radu Bata, et il a bien raison. À la fin de ce nouveau recueil de poésettes (qui se multiplient comme des petits pains tout chauds), il conseille à l’auteur (lui-même, donc) de mettre un « point final » à son histoire, car « il se trouvera toujours quelqu’un / pour te la réécrire / comme bon lui semble ». Un peu comme cela se passe avec les contes de fées et leurs multiples versions.

    C’est pourquoi je ne me permettrai pas d’ajouter un énième commentaire, une vaine  glose à l’oeuvre d’un artisan du verbe qui, tout en ne se voulant pas poète, ne cesse de « tricoter des lettres », de « composer des chants de sirènes », de faire de sa vie quotidienne un champ poétique, de magnifier « la puissance de la pensée / [qui] peut te téléporter partout / dans l’espace-temps / qui fleurit ton cerveau », tout en avouant modestement : « Je ne parle jamais sérieusement / sauf dans mon sommeil », en rendant de discrets hommages, par exemple, dans un même texte, à Rimbaud (« le bateau ivre ») et à Prévert (« pour écrire un poème »), ou, dans un autre, à ses deux langues familières : « le vieux danube fait l’amour / à la syntaxe de la seine / malgré la géographie / leur enfant est beau et libre / comme une marianne amoureuse / d’un château des carpates ».

    Pas de commentaires, donc, mais uniquement de la poésie, dans laquelle on entre comme dans un tableau, « se faire une place / entre les branches d’un arbre / comme entre les bras de l’être aimé », grâce à laquelle on se défend contre la vie et le monde : « nous vieillissons / plus vite que nos ombres / sous les tirs groupés / des parvenus au sommet / qui nous poussent à déménager / sur la face cachée / de la lune », de la poésie capable d’« adoucir la fêlure » : « le poète est bâti / comme une armoire / - une armoire à pharmacie / toujours prêt à caresser / les migraines de l’existence / à tamponner l’égarement / à traiter les infections / avec des herbes sauvages / et de l’affection / à décongestionner les routes / de l’imaginaire / avec un mot mentholé / à amortir dans la neige / les chutes sentimentales / du haut de l’été / à soigner la solitude / avec des flamants roses / et la peur avec des rouges-gorges ». Bref, si l’on veut se faire du bien, il faut aller voir tomber la pluie miraculeuse des poésettes, et rire avec elle.

    Jean-Pierre Longre

    www.editions-unicite.fr

  • Récidive poétique

    poésie, roumanie, radu bata, iulia Şchiopu, Éric Poindron, Éditions unicité, Jean-Pierre LongreLe Blues roumain, Vol. 2, « anthologie désirée de poésies », sélection et traduction de Radu Bata, préface d’Éric Poindron, illustrations de Iulia Şchiopu, Éditions Unicité, 2021

    On l’attendait fébrilement ou tranquillement, le second Blues roumain, et le voilà : Radu Bata a récidivé, sans pour autant reproduire à l’identique les gestes et les intentions du premier. Celui-ci était une anthologie « imprévue », composée de traductions « inopinées », celui-là est une anthologie « désirée », composée de traductions « hypocoristiques ». Comme si, la première fois, tout était venu sans crier gare, d’une manière quasiment inconsciente (voire…), alors que maintenant l’affaire est à la fois préméditée, mûrie et soutenue par une affection consciente. À vrai dire, ce n’est pas aussi simple, aussi schématique. Dans les deux cas, nous pouvons suivre sans nous poser de questions compliquées le « labyrinthe enchanté » construit par celui qui est à la fois faiseur de poésies et découvreur de poètes, inventeur et traducteur, créateur et adaptateur. Et dans le deuxième cas, même s’il est toujours aussi accessible, le chemin est encore plus long, les ramifications plus nombreuses, le regard se fait encore plus éberlué devant les ressources inépuisables de la poésie roumaine.

    Certes, à la sortie du labyrinthe, Octavian Soviany semble vouloir mettre un point final à la poésie : « pourquoi on n’euthanasierait pas les vieux poètes ». Mais ce serait plutôt l’occasion d’un rajeunissement radical. Voyons ce que nous dit Ana Blandiana dès l’entrée : « nous devrions naître vieux […] ensuite devenir plus jeunes et encore plus jeunes / arriver mûrs et puissants à la porte de la création ». Ou en cours de route Dragoş Popescu : « les poètes sont si beaux / qu’ils ne vieillissent jamais ». Et alors défilent sous nos yeux les turbulences d’une poésie toujours nouvelle quel que soit son âge, toujours vivante quelles que soient les conditions de sa naissance, toujours bouillonnante quelles que soient ses préoccupations. Une poésie qui chante les sensations et la sensualité, l’amour et la mort, la vie quotidienne des humains et des objets, les souvenirs et le présent, la révolte et la violence, bref tout ce qui fait que les mots bien choisis, bien choyés donnent à l’existence la puissance d’une symphonie, que ce soit sous les plumes notoires de Mihai Eminescu, Ilarie Voronca, Ana Blandiana, Mircea Cărtărescu, Nichita Stănescu, Paul Vinicius, Radu Bata lui-même, ou sous des plumes de nouvelle génération, moins célèbres, mais ô combien fécondes dans leur diversité.

    Les mots ? Parlons-en, par exemple avec Petronela Rotar : « touche ces mots s’il te plaît / sens leur chair tendre s’étendre entre tes doigts / et fais le vœu de rester en poésie ». On devine tout au long des pages la prédilection de Radu Bata pour le maniement (ludique, expressif, musical, chaleureux) du matériau verbal. Il aurait pu écrire, comme Iulian Tănase : « j’ai été un joueur de mots / passionné / addictif ». Ce qu’il faut remarquer, c’est que la littérature née en Roumanie, en vers ou en prose, est un terreau particulièrement riche en manipulations lexicales, en mouvements syntaxiques, en registres thématiques, du lyrisme à l’absurde, du dramatique au comique, du réalisme au fantastique. Nous sommes au pays d’auteurs aussi différents que Blaga et Tzara, Eminescu et Urmuz… La Roumanie, c’est un monde poétique complexe, et cette nouvelle anthologie nous mène aux plus attirantes de ses profondeurs, aux plus exaltants de ses sommets, aux plus lumineux de ses horizons.

    Jean-Pierre Longre

     

    Les auteurs : Andreea Apostu, Ana Blandiana, Irina Alexandrescu, Luminița Amarie, George Bacovia, Maria Banuș, Ana Barton, Radu Bata, Ramona Boldizsar, Dorina Brândușa-Landen, Emil Brumaru, Artema Burn, Ion Calotă, Mircea Cărtărescu, Ruxandra Cesereanu, Toni Chira, Mariana Codruț, Denisa Comănescu, Ben Corlaciu, Traian T. Coșovei, Delk Danwe, Corina Dașoveanu, Mina Decu, Adrian Diniș, Carmen Dominte, Marius Dumitrescu, Adela Efrim, Mihai Eminescu, Vasile Petre Fati, Raluca Feher, Alida Gabriela, Diana Geacăr, Mugur Grosu, Cristina Hermeziu, Ligia Keşişian, Claudiu Komartin, Paula Lavric, Alexandra-Mălina Lipară, Ana Manon, Aurelian Mareș, Ioan Mateiciuc, Maria Merope, Antonia Mihăilescu, Ion Minulescu, Ion Mureșan, Tiberiu Neacșu, Dana Nicolaescu, Felix Nicolau, Ovidiu Nimigean, Dana Novac, Eva Precub, Ioan Es. Pop, Augustin Pop, Savu Popa, Dragoș Popescu, Radmila Popovici, Ioana Maria Stăncescu, Nichita Stănescu, Roxana Sicoe-Tirea, Ana Pop Sirbu, Sorina Rîndașu, Florentin Sorescu, Magda Sorescu, Călin Sorin, Octavian Soviany, Petre Stoica, Ion Stratan, Andrada Strugaru, Robert Şerban, Cristina Şoptelea, Radu Ştefănescu, Petronela Rotar, Mircea Teculescu, Iulian Tănase, Tatiana Țîbuleac, Mircea Țuglea, Radu Vancu, George Vasilievici, Gabriela Vieru, Paul Vinicius, Ilarie Voronca, Vitalie Vovc.

    www.editions-unicite.fr

  • Anthologie imprévue de poésies roumaines

     

    Poésie, Roumanie, Radu Bata, éditions Unicité, Jean-Pierre Longre

    Le Blues roumain, « anthologie imprévue de poésies roumaines », Éditions Unicité.
    Traduction et sélection : Radu Bata (préface de Jean-Pierre Longre).

    Les auteurs :

     Iuliana Alexa, Dan Alexe, Luminiţa Amarie, George  Bacovia, Ana Barton, Ana Blandiana, Max Blecher, Dorina Brândușa Landén, Emil Brumaru, Artema Burn, Nina Cassian, Mircea Cărtărescu, Mariana Codruţ, Mihaela Colin, Traian T. Coșovei, Silviu Dancu, Carmen Dominte, Rodian Drăgoi, Adela Efrim, Mihai Eminescu, Raluca Feher, Anastasia Gavrilovici, Horia Ghibuțiu, Matei Ghigiu, Silvia Goteanschii, Mugur Grosu, Cristina Hermeziu, Nora Iuga, Vintilă Ivănceanu, Claudiu Komartin, Ion Minulescu, Ramona Müller, Ion Mureșan, Iv cel Naiv, Felix Nicolau, Florin Partene, Elis Podnar, Mircea Poeană, Ioan Es Pop, Alice Popescu, Eva Precub, Petronela Rotar, Ana Pop Sirbu, Radmila Popovici, Octavian Soviany, Nichita Stănescu, Petre Stoica, Ramona Strugariu, Robert Şerban, Mihai Şora, Iulian Tănase, Mihai Ursachi, Paul Vinicius, Gelu Vlașin, Vitalie Vovc, Anca Zaharia

    Parution le 10 mars 2020.


    À partir du 11 mars, on pourra l'acquérir sur le site de l'éditeur, ici -
    http://www.editions-unicite.fr/

    ou commencer à le commander en librairie à partir du
    15 mars.