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  • L’exil et l’émotion

    Roman, Roumanie, Lavinia Branişte, Sylvain Audet-Găinar, Éditions des Syrtes, Jean-Pierre LongreLavinia Branişte, Camping, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar, Éditions des Syrtes, 2026

    Comme beaucoup de ses compatriotes, Sofia a quitté la Roumanie pour un pays d’Europe occidentale, en l’occurrence l’Espagne, espérant y trouver une vie meilleure pour elle, mais aussi et surtout pour son père Moşneguţu et son fils Robert, restés au pays. Elle y trouve d’abord de petits boulots non déclarés, au gré des occasions et malgré les difficultés pour s’exprimer dans la langue du pays. Mais « en 2007, après l’adhésion [de la Roumanie à l’Union Européenne], l’État espagnol lui avait enfin délivré un document par lequel son existence était enfin reconnue. » Elle trouve un emploi stable dans un camping – logement précaire dans une caravane, travail fatiguant à la réception, mais aussi relations de sympathie, voire d’amitié, avec des résidents passagers ou permanents.

    Une existence officielle qui ne lui épargne ni les tracasseries administratives, ni la fatigue physique et mentale, ni les problèmes pécuniaires, aggravés par tout ce qu’elle envoie à son père et à son fils, par les visites de celui-ci en Espagne, et par les aller-retours qu’elle-même fait entre les deux pays. Sans compter que Sofia a le cœur sur la main, et qu’elle n’hésite pas à aider des voisins et connaissances dans le besoin. Son rêve ? Grâce à son travail acharné, acheter un appartement à son fils ; elle y parviendra, mais ses efforts se révéleront vains, Robert, en jeune homme inconséquent, n’ayant pas conscience de tout ce que sa mère a sacrifié pour lui. Déception et inquiétude, voilà le lot de celle qui connaît le sort de nombre de ses compatriotes partis chercher à l’étranger ce qu’ils ne trouvent pas dans leur pays, où, quoi qu’il en soit, ils comptent comme elle revenir prendre leur retraite. D’ailleurs « au pays, entre-temps, migration et remigration étaient devenues des disciplines universitaires, et les enfants comme Robert, des statistiques, des objets d’étude. »

    Même si le sort de Sofia est loin d’être exceptionnel, l’écriture de Lavinia Branişte fait d’elle un personnage à part entière, attachant et unique, pris entre l’univers clos de sa caravane et de son camping et l’horizon lointain de sa Roumanie natale où l’attendent son père et son fils, entre les obligations d’un travail épuisant mais nécessaire et l’aspiration au repos auprès de sa famille. Et les messages des « Roumains en Espagne » qui marquent les transitions entre les chapitres témoignent de cet entre-deux. Roman de « l’exil ordinaire » et d’une vie remarquable, Camping se lit non seulement avec un intérêt soutenu pour les péripéties qui marquent le destin de Sofia, mais aussi avec une émotion constante, et nous fait sentir où se trouve la véritable humanité.

    Jean-Pierre Longre

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