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  • Échos du Maramureş

    Théâtre, récit, Roumanie, Marian Ilea, Dominique Ilea, Editura Eikon, Jean-Pierre LongreMarian Ilea, L’Oncle George – son dernier jour / Badea George – ultima zi, traduction, présentation et notes de Dominique Ilea, Editura Eikon, 2019

    Le premier décembre 1918, la Grande Assemblée nationale des Roumains, qui vota à Alba-Iulia la réunification des trois provinces (Valachie, Moldavie et Transylvanie), fut présidée par George Pop de Baseşti, originaire du Maramureş, et dont nous faisons la connaissance dans la pièce de Marian Ilea. Deux scènes séparées par plus de quarante ans. Dans la première « M. George » converse avec Bogos le potier, en un dialogue où la glaise « faite de nos aïeux » devient matériau symbolique de ce peuple roumain qui comme la terre subit maintes épreuves. Et le potier de délivrer en son langage de sages conseils à George : « N’oubliez pas, m’sieur George, pressé d’achever votre ouvrage, de le voir prendre vie, car, si vous lui insufflez pas de vie, ni vous lui donnez d’âme, il en subsistera qu’une image peinte de ce que vous aurez songé faire ». La scène 2 (« Son dernier jour ») montre « l’oncle George » achevant sa vie après avoir accompli sa mission, son rêve, « l’ouvrage sans la moindre fêlure », avant de nous laisser entendre « le chœur des hommes de Transylvanie ».

    Théâtre, récit, Roumanie, Marian Ilea, Dominique Ilea, Editura Eikon, Jean-Pierre LongreÀ cette pièce à la fois patriotique et populaire, succèdent plusieurs autres textes inédits aux sujets divers, mais qui ont en commun le Maramureş, ses coutumes, ses forêts, ses villages, son histoire plus ou moins récente. Il y a là Gheorghe le fossoyeur, à qui Ion à Lişcă Bazatu relate ses tribulations guerrières. Ou un maître bâtisseur des fameuses églises en bois de la région, qui exporte ses constructions dans le monde entier, et qui garde farouchement la tradition tout en tentant « d’unifier les églises » et en faisant bouillir sa pălincă. Et encore Magdău « le tailleur de bois » qui, après avoir frôlé la mort, s’est mis à faire ce qu’il appelle des « icônes à fourneaux ». Et puis Rozsa-Néni la centenaire, officiellement fêtée par les autorités, ou « le critique amateur d’art Bitter Schnaps » qui se lance comme chaque année, en l’honneur de la création artistique, dans un discours que personne n’écoute…

    Toutes ces histoires offrent une belle variété de tons, de la familiarité à la satire, de la bienveillance à l’ironie, et c’est avec beaucoup de plaisir et un brin de nostalgie que l’on pénètre l’âme et se plonge dans la vie de la magnifique région qu’elles chantent, vie populaire et traditionnelle confrontée à l’histoire récente et à l’actualité. Et puisque l’ouvrage est bilingue, ce plaisir et cette nostalgie seront partagés aussi bien par les lecteurs roumains que par les lecteurs francophones.

    Jean-Pierre Longre

    www.edituraeikon.ro

  • Images et harmonie

    Poésie Roumanie, Cassian Maria Spiridon, Elena Golub, Jean Poncet, Jacques André éditeur, Jean-Pierre LongreCassian Maria Spiridon, Le don des larmes / Darul lacrimilor, édition bilingue. Encres de Elena Golub, traduction de Jean Poncet, Jacques André éditeur, 2019.

    Ingénieur et chercheur scientifique, Cassian Maria Spiridon est aussi rédacteur culturel, éditeur, poète. Poète « secret », à la fois « étrange » et « familier », écrit Jean Poncet dans sa présentation, « Une lyrique de ténèbres ». D’emblée on décèle dans Le don des larmes un pessimisme absolu, que la mort même ne peut abolir, puisque « toutes les portes sont bouclées / nul n’a le temps de mourir » ; la perte du sens provoque « la Métaphysique des larmes » et « suscite une épouvante / d’apocalypse ». Le sacré peut-il sauver l’homme ? On peut en désespérer, à lire « État des lieux à midi », texte dans lequel une femme conclut ses occupations quotidiennes en ouvrant simplement le gaz, « tous les robinets », attendant la fin en observant la nature par la fenêtre ; « et personne n’ouvre la porte ». Mais en contrepoint se révèle « la naissance du vivant » – par le truchement de la poésie, car « le reste les poètes l’inventent ». Le « don des larmes » se veut une force spirituelle, la poésie le manifeste.

    L’univers du poète, au-delà du tragique et de la solitude, se meuble des couleurs, des lumières de la nature végétale et minérale, tout spécialement de la mer (faisant notamment passer le traducteur et ses lecteurs par la « Ville côtière » qu’est Marseille…). Une nature « source de vie » où pointent volontiers, en combinaisons variées, la sensualité et la « souffrance », « le vide » et l’amour, cet amour qui s’épanouit en images éluardiennes :

    mon amour tes yeux baignent

                       dans l’or de la lumière

    recouvre ma vie

                       de tes paupières

    et que tes longs cils lancent

                                 un pont

    entre la terre et le ciel

    Comme si, finalement, les images de la nature permettaient à l’homme de vaincre l’ignorance et l’incompréhension.

    Les vers, libres mais vivement rythmés, sont accompagnés par les encres développées en larges courbes de Elena Golub, illustrations colorées qui ajoutent leur musique à la musique du verbe et des évocations poétiques. Le tout constitue un recueil sensible dans lequel les mots et les arts se rencontrent en une harmonie profonde.

    Jean-Pierre Longre

    www.jacques-andre-editeur.eu