Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Entendre les mots dans les mots »

Poésie, Roumanie, Gellu Naum, Sebastian Reichmann, éditions Non Lieu, Jean-Pierre LongreGellu Naum, La Voie du Serpent, préface et traduction du roumain par Sebastian Reichmann, Non Lieu, 2017

Gellu Naum fut l’un des fondateurs du groupe surréaliste de Bucarest avec Gherasim Luca, mais à la différence de celui-ci il resta en Roumanie après l’instauration du régime communiste et l’interdiction des activités de son groupe – ce qui n’est pas pour rien dans la méconnaissance de son œuvre en France, malgré l’amour que le poète prêtait à ce pays, où il s’était souvent rendu, à sa culture et à sa littérature, qu’il traduisait abondamment. Injustice réparée par la parution de La Voie du Serpent, recueil traduit par Sebastian Reichmann (il fallait un vrai poète, franco-roumain de surcroît, qui a fréquenté l’auteur et d’autres surréalistes, pour mener à bien cette traduction) et publié par les éditions Non Lieu, qui ont fait paraître auparavant le « rhoman » Zenobia.

Poésie, Roumanie, Gellu Naum, Sebastian Reichmann, éditions Non Lieu, Jean-Pierre LongreUn vrai poète, oui, pour rendre l’atmosphère, les tonalités, les couleurs d’un recueil qui nous fait parcourir la poésie de Gellu Naum de 1968 à 2004, en dix étapes : Athanor (1968), L’Arbre – Animal (1971), Mon père fatigué (1972), Poèmes choisis (1974), La description de la tour (1975), L’autre côté (1980), La rive bleue (1990), La face et la surface (1994), Ascète à la baraque de tir (2000), La voie du serpent (2004), qui donne son titre au volume avec, paradoxalement, seulement deux fragments. Ce parcours manifeste une belle diversité, dont Sebastian Reichmann suggère les grandes lignes dans sa préface, une diversité qui n’exclut pas l’unité garantie par le souffle surréaliste (ou post-surréaliste, comme on voudra) qui anime les vers, les versets, les proses. Souvent affleurent l’écriture automatique et les images surprenantes (« le ciel se remplit de taureaux », « les cheveux défaits parmi les épées et fractions »), le réel se mêle au rêve (ce qui répond parfaitement à la fusion réalisme/onirisme définie par André Breton) : il y a des « statues aux oreilles enterrées dans le sable », le « crépuscule des mots » et le mouvement perpétuel ne sont pas incompatibles avec la recherche d’un financement, et les souvenirs parisiens surgissent de la mémoire consciente ou inconsciente (le Dôme, les anciens amis, des « garçons admirables » qui veulent « briser [une porte] avec leurs viscères »). Rêves (voire « arbres rêveurs »), apparitions (de personnes réelles parfois), visions fantastiques (« un tunnel au centre de la ville / qui ne menait jamais nulle part » ou « les maisons [qui] volaient dans les airs ») hantent les pages du livre, où l’on rencontre aussi la bien-aimée Zenobia, personnage du fameux « rhoman ».

Impossible de rendre le foisonnement sensoriel et mental d’un ouvrage dans lequel on peut repérer toutes sortes de réseaux et de superpositions de mots, d’images, de tournures, de rythmes, de sons… Chaque lecteur, en y serpentant, trouvera sa « voie », et tous diront avec le « pohète » : « on peut entendre les mots dans les mots on peut voir / les clepsydres perdues dans leur nostalgie ».

Jean-Pierre Longre

www.editionsnonlieu.fr

Les commentaires sont fermés.